Veille Minéraux Critiques — Semaine du 12 mai au 17 mai 2026
Sommets et raffinages : l’Occident tente de réduire sa dépendance alors que Pékin garde la main
La semaine est marquée par la visite de Donald Trump à Pékin, où la question des terres rares demeure un levier central malgré les discussions pour une extension de la trêve sur les exportations. Les données douanières chinoises confirment que les contrôles sur les terres rares lourdes, comme l’yttrium et le dysprosium, restent partiellement en place, entraînant une pénurie qui pèse sur l’industrie aérospatiale et la défense occidentales (Reuters). Face à cette dépendance, les États-Unis multiplient les initiatives pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement, allant du financement de projets de raffinage alternatifs à l’exploration de nouvelles ressources minières (Bloomberg.com ; Bloomberg.com). Le marché du cuivre affiche une résilience remarquable, proche de ses plus hauts historiques, portée par une demande supérieure à l’offre malgré les incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient (Bloomberg.com).
Géopolitique et règlementation
Le sommet entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin s’articule autour de la recherche d’un accord pour prolonger la suspension des restrictions à l’exportation de terres rares, instaurées par Pékin en représailles aux tarifs américains (Reuters). Cependant, les effets des contrôles mis en place en avril 2025 se font encore sentir : les exportations de terres rares lourdes vers les États-Unis, l'Allemagne et le Japon demeurent inférieures de moitié par rapport à la période précédant les restrictions (Reuters). Cette situation a provoqué une flambée des prix sur les marchés hors de Chine, l’yttrium ayant vu son cours multiplier par 140, tandis que le dysprosium et le terbium ont quadruplé (Reuters).
Les États-Unis tentent de contrer cette pression par une diplomatie des métaux active, cherchant à conclure des accords bilatéraux pour sécuriser des sources alternatives. Les discussions entre l'Inde et la Russie sur un pacte relatif aux minéraux critiques avancent, signalant la constitution potentielle d’un axe d’approvisionnement parallèle (Reuters). Washington se tourne également vers le continent africain, où la concurrence avec Pékin s’intensifie pour le contrôle des ressources en cuivre et en cobalt de la République démocratique du Congo (RDC) (La Tribune). En Europe, les livraisons d’yttrium restent irrégulières et nécessitent des interventions diplomatiques répétées, témoignant de la difficulté à stabiliser les flux malgré les accords politiques (Reuters).
L’impact des sanctions se fait également ressentir dans d’autres secteurs stratégiques. Sherritt International a annoncé son intention de dissoudre sa coentreprise minière de nickel avec Cuba, citant l’impossibilité de poursuivre ses activités sous le coup des sanctions américaines (Bloomberg.com). Ce retrait marque la fin d’une présence décennale de l’entreprise canadienne sur l’île. Le Japon, pour sa part, envisage de financer la construction d’un navire dédié à l’exploitation des fonds marins dans sa zone économique exclusive, une initiative destinée à réduire sa dépendance à l’égard de la Chine en matière de terres rares (South China Morning Post).
Industrie et projet
La stratégie industrielle américaine s’accélère sur le front du raffinage pour créer des chaînes de valeur indépendantes de la Chine. EVelution Energy, une entreprise qui aspire à construire la première usine de traitement de cobalt à grande échelle aux États-Unis, a signé un protocole d’accord avec l'Entreprise Générale du Cobalt (EGC) en RDC et le trader Trafigura (Bloomberg.com ; Reuters). Cet accord vise à établir un cadre d’approvisionnement à long terme en hydroxyde de cobalt congolais vers les États-Unis, permettant potentiellement à EVelution Energy de couvrir une part significative de la demande projetée du pays (Reuters).
En Amérique du Nord, les projets miniers avancent avec des financements substantiels. Nouveau Monde Graphite a annoncé avoir bouclé un package de financement d’environ 645 millions de dollars pour développer sa mine de graphite au Québec (Bloomberg.com). Ce projet est l’un des rares en Amérique du Nord à viser une production de graphite anodique, un composant essentiel des batteries lithium-ion. Aux États-Unis, Appian Capital Advisory a acquis 95 % du projet de cuivre Omitiomire en Namibie, avec l’objectif de mettre la mine en production dans les trois prochaines années (Bloomberg.com).
La course aux minéraux critiques en Afrique voit par ailleurs Pékin consolider ses positions. Le géant chinois des matériaux pour batteries Zhejiang Huayou Cobalt a renforcé son emprise sur le secteur du lithium en Afrique de l'Ouest, notamment en cherchant à acquérir Atlantic Lithium et son projet Ewoyaa au Ghana (Business Insider Africa). Cette opération, combinée à l’acquisition précédente du projet Arcadia au Zimbabwe, élargit considérablement l’empreinte africaine de Huayou, tandis que les acteurs liés aux États-Unis semblent reculer du continent (Business Insider Africa).
Marché et chiffres
Sur les marchés des métaux, le cuivre continue de performer. Le métal rouge a enregistré sa plus forte hausse depuis plus d’un mois, approchant un record intraday en ignorant l’impasse diplomatique entre les États-Unis et l'Iran (Bloomberg.com). L’indice des métaux de la Bourse de Londres a atteint un plus haut historique, porté par des signes persistants d’une demande qui dépasse l’offre (Bloomberg.com). Cette résilience contraste avec la nervosité observée sur d’autres marchés liés aux conflits géopolitiques.
Le marché de l’aluminium, en revanche, montre des signes de tension accrue. Timna Tanners, directrice générale de la recherche actions chez Wells Fargo, estime que le marché n’a pas encore pleinement ressenti l’impact du déficit d’approvisionnement lié à la guerre en Iran (Bloomberg.com). Les perturbations dans la chaîne d’approvisionnement pourraient persister plus longtemps que prévu et soutenir les prix à la hausse. Le groupe chinois East Hope évalue un investissement potentiel de 12,6 milliards de dollars au Kazakhstan pour créer une chaîne de production d’aluminium complète, de la bauxite à l’aluminium primaire (Kursiv Media). Ce projet inclut la construction d’une centrale à charbon de 1 gigawatt.
En Chine même, la répression des pratiques fiscales liées aux « fapiao » (reçus fiscaux) perturbe le commerce du cuivre (Bloomberg.com). Ces formulaires officiels, essentiels pour la conformité fiscale et le financement du commerce, sont au centre d’un contrôle gouvernemental plus strict, ce qui freine les flux de métaux et autres matières premières vers le plus grand consommateur mondial (Bloomberg.com). Cette intervention administrative rappelle que la politique intérieure chinoise peut avoir des répercussions immédiates sur la volatilité des prix mondiaux. L’analyse des tendances souligne que les États-Unis pourraient avoir besoin d’une autre décennie pour résoudre la crise des terres rares, estimée à 1 200 milliards de dollars, compte tenu de la complexité de la reconstruction de l’ensemble de la chaîne de valeur (Bloomberg.com).
Innovation et R&D
Face aux contraintes d’approvisionnement primaire, l’innovation dans le recyclage et l’extraction alternative gagne en importance. Ionic Rare Earths met en avant sa boucle de recyclage des terres rares, conçue pour fermer le cercle de la chaîne d’approvisionnement des aimants permanents utilisés dans les véhicules électriques (Discovery Alert). L’entreprise souligne que la concentration de la capacité de raffinage mondiale entre les mains de la Chine rend les infrastructures de traitement occidentales tributaires des décisions politiques de Pékin (Discovery Alert). Le recyclage des aimants néodyme-fer-bore (NdFeB) à partir de déchets industriels et en fin de vie apparaît dès lors comme une nécessité stratégique pour réduire la dépendance à l’égard des importations.
Les deep-tech explorent également des frontières nouvelles pour sécuriser les ressources. Des experts soulignent que le plancher océanique pourrait recéler des centaines d’années d’approvisionnement en minéraux critiques comme le cuivre, le cobalt et le nickel, essentiels pour l’infrastructure de l’intelligence artificielle (Fortune). L’exploration des grands fonds marins, bien que technologiquement et financièrement exigeante, est présentée comme une solution potentielle à long terme pour contourner le verrouillage des ressources terrestres par la Chine. Un raffineur chinois majeur observe une demande forte de platine physique pour couvrir un nouveau contrat à terme local, indiquant une mutation des flux de métaux précieux vers la Chine (Bloomberg.com). Ce mouvement suggère que les arbitragistes et clients industriels préfèrent la livraison physique plutôt que la clôture de positions, tirant parti de l’écart entre les prix spot de Londres et les échanges domestiques (Bloomberg.com).