Veille Minéraux Critiques — Semaine du 20 au 26 avril 2026

Le pacte US-UE remet l'Occident dans la course, la Chine consolide ses pions souverains

Washington et Bruxelles signent un accord sur les minéraux critiques pour réduire la dépendance à la Chine, encadré par un plan d'action commercial commun (Bloomberg ; Reuters). Dans la foulée, USA Rare Earth boucle le rachat du brésilien Serra Verde pour 2,8 milliards de dollars, opération aussitôt contestée en justice à Brasilia, tandis qu'une enquête Reuters met en cause un montage congolais clé du dispositif américain en Afrique. Pékin avance ses pions souverains : cartographie des minéraux des fonds marins, accord stratégique avec le Mozambique, et réduction de 27 % de ses exportations d'aimants terres rares vers le Japon. La Norvège, la France, la Finlande, la Malaisie et l'Afrique du Sud ouvrent en parallèle de nouvelles capacités de mine et de raffinage.

Géopolitique et règlementation

Les États-Unis et l'Union européenne signent un accord sur les minéraux critiques destiné à affaiblir la prise chinoise sur les chaînes d'approvisionnement (Bloomberg). Le pacte s'accompagne d'un plan d'action de coordination des politiques commerciales — tarifs, contrôles export, financements communs — annoncé le même jour (Reuters). Les négociations avaient été engagées à l'automne 2025.

L'administration Trump durcit en parallèle son discours envers les alliés. Jamieson Greer, représentant américain au commerce, demande aux pays partenaires d'accepter des prix plus élevés pour les minéraux critiques afin de financer la diversification hors-Chine (Financial Times).

L'offensive américaine sur l'Afrique avance sur deux axes. Le Project Vault structure les financements et le corridor de Lobito relie la République démocratique du Congo à l'Atlantique angolais, alternative directe aux routes chinoises (The Africa Report). Mais le premier investissement physique de ce partenariat — le rachat des mines de Chemaf en République démocratique du Congo (RDC) pour 30 millions de dollars par la firme américaine Virtus — est mis en cause par une enquête exclusive : Virtus aurait surévalué son expérience minière, son antécédent congolais référencé — l'usine de traitement de Likasi présentée comme opérée par sa filiale ROK Metals — étant en réalité à l'arrêt depuis 2012, jamais acquise par la firme et toujours détenue par son propriétaire originel CAM Resources, selon cinq sources, des documents judiciaires et le créancier privilégié SOFIDE (Reuters). Une subvention USAID de 2 millions de dollars accordée puis suspendue en 2024 pour le même actif soulève des questions de diligence raisonnable, à l'heure où le Département d'État qualifie l'opération de « flagship U.S. investment ».

Pékin avance ses pions souverains. La Chine publie une cartographie détaillée des minéraux du plancher océanique de ses propres eaux orientales (The New York Times). En plaçant les terres rares sous-marines dans le périmètre de souveraineté chinoise, l'opération prolonge le contentieux non résolu avec Tokyo et Taipei sur la délimitation maritime. Pékin signe par ailleurs un accord d'exploration minéraux et sécurité avec Maputo, élargissant son emprise africaine au Mozambique (South China Morning Post). Et ses exportations d'aimants aux terres rares vers le Japon chutent de 27 % en mars, frappant directement la chaîne automobile japonaise (NHK World).

Les États-Unis ouvrent un troisième front en Amérique latine. Washington signe un pacte sur les minéraux critiques avec Santiago, tandis qu'un juge chilien ordonne à Vicuña — coentreprise BHP–Lundin — de suspendre ses opérations (S&P Global Market Intelligence). Au Brésil, un parti politique demande à la Cour fédérale de bloquer la vente de Serra Verde à USA Rare Earth, contestant la sortie de capital étranger d'un actif terres rares stratégique (Bloomberg). Sibanye-Stillwater, qui développe la première mine de lithium d'Europe en Finlande, demande des concessions à l'Union européenne pour rendre le projet viable face aux coûts opérationnels (Reuters).

En Europe du Nord, l'État norvégien reprend à la commune locale la planification du gisement de terres rares de Fen — le plus grand connu sur le continent (Bloomberg). L'Anses française classe le lithium comme perturbateur endocrinien avéré et toxique pour la reproduction, signal régulateur potentiellement déterminant pour la filière batteries.

Industrie et projet

USA Rare Earth boucle l'acquisition du Brésilien Serra Verde pour 2,8 milliards de dollars, opération soutenue par Washington et qualifiée par le CEO de prise de contrôle d'une mine produisant les quatre terres rares magnétiques (Financial Times ; CNBC). L'opération est cependant fragilisée par le recours d'un parti politique brésilien devant la Cour fédérale (Bloomberg).

BHP relève sa guidance cuivre pour l'exercice à la moitié supérieure de la fourchette 1,9 à 2,0 millions de tonnes, et améliore ses estimations de coûts pour Escondida au Chili (Wall Street Journal). Le major conclut par ailleurs ses négociations contractuelles avec la China Mineral Resources Group sur le minerai de fer, clôturant un bras de fer ouvert depuis septembre.

Mangrove Lithium ouvre la première raffinerie commerciale de lithium par voie électrochimique d'Amérique du Nord (Indian Chemical News ; Géo). En France, Emmanuel Macron classe la mine de lithium de l'Allier parmi les « grands projets stratégiques » nationaux (La Tribune). Sow Good — société du lyophilisé alimentaire cotée au Nasdaq — réoriente son activité vers les minéraux critiques en acquérant pour environ 100 millions de dollars le projet Nachu en Tanzanie, un gisement de graphite naturel à grande paillette (Manila Times, dépêche GlobeNewswire). Le projet a déjà signé un contrat d'offtake avec un fabricant américain de batteries véhicules électriques et stockage stationnaire.

En Afrique du Sud, une nouvelle installation de production de terres rares utilisant un procédé d'extraction inédit s'apprête à démarrer (AP News). Ivanhoe Mines achève trois étapes majeures à Platreef, son projet de platinoïdes (Platinum Group Metals, PGM) en Afrique du Sud (Investing News). Au Groenland, Eclipse Metals confirme une suite de minéraux critiques sur sa découverte terres rares de Grønnedal — gallium, scandium et strontium aux côtés du néodyme-praséodyme déjà identifié sur cinq forages de surface (Sydney Morning Herald).

Au Chili, le premier producteur mondial de cuivre fait face à un resserrement inattendu de l'offre d'acide sulfurique, intrant clé du raffinage par lixiviation. Les exportations chinoises vers Santiago sont tombées à zéro en mars — premier mois sans flux depuis juillet 2023 — sous l'effet conjoint de la crise sulfure du Moyen-Orient et d'un projet d'interdiction d'export par Pékin à partir de mai (Reuters). Selon Morgan Stanley, 1,1 million de tonnes de cuivre raffiné chilien — soit plus de la moitié de la production raffinée — pourraient être affectées. Bold Baatar, directeur commercial de Rio Tinto et co-actionnaire d'Escondida, désigne le Chili comme le pays le plus exposé, son raffinage par lixiviation reposant largement sur l'acide sulfurique importé.

Marché et chiffres

Goldman Sachs maintient ses prévisions 2026 sur le cuivre, avec un excédent attendu de l'offre — diagnostic divergent de celui de plusieurs traders qui anticipent des tensions plus fortes en seconde partie d'année (Reuters). À Toronto, le mineur cuivre-argent péruvien Lumina réalise une introduction en Bourse de 297 millions de dollars (Bloomberg).

La Malaisie cherche à concurrencer la Chine sur les terres rares mais à pas mesurés : capacités plus réduites, processus d'extraction encore en optimisation, et arbitrages politiques internes sur l'ouverture des gisements à l'export brut (The Straits Times).

En Inde, Hindustan Zinc — filiale de Vedanta et premier producteur indien de zinc — bat les attentes au quatrième trimestre avec un bénéfice net en hausse de près de 70 % à plus de 500 millions de dollars, porté par la flambée du prix de l'argent (plus de 5 % depuis le début du conflit avec l'Iran) et la hausse de près de 4 % du zinc sur le London Metal Exchange (LME) (Reuters). Le groupe annonce un programme d'investissement de 500 à 600 millions de dollars pour l'exercice 2027 et table sur l'achèvement de son projet de lixiviation à l'acide chaud à Dariba pour septembre 2026.

En Allemagne, Siemens et Vulcan Energy s'associent pour mettre à l'échelle l'approvisionnement européen en lithium géothermal durable, dans le cadre d'un partenariat industriel destiné à fournir l'écosystème batteries européen (MarketScreener).

L'IA alimente la course américaine au cuivre : les besoins en câblage des centres de données IA exercent une pression haussière supplémentaire sur la demande domestique, dans un contexte où le pays importe encore une part substantielle de son cuivre raffiné (Bloomberg).

Innovation et R&D

Au Royaume-Uni, l'Université de Nottingham démontre un procédé de projection plasma pour fabriquer en une étape un revêtement tungstène-cuivre fonctionnellement gradué — du cuivre pur à la base au tungstène pur en surface — destiné aux composants face au plasma des futurs réacteurs de fusion (Phys.org). Le procédé à injection axiale en atmosphère protégée réduit l'oxydation et la porosité, sans nécessiter de chambre à vide. La technique pourrait étendre la durée de vie des composants des tokamaks et faciliter le passage à l'industrialisation de la fusion commerciale, selon l'UK Atomic Energy Authority partenaire du projet.

Heraeus et Sibanye-Stillwater s'associent pour intégrer un alliage platine-palladium dans la production de fibre de verre, avec un objectif explicite de réduire les coûts opérationnels du bain de fusion, à la place du palladium pur classiquement utilisé (IOL). L'innovation industrielle vise à élargir le marché aval du platine, sous pression depuis l'érosion de la demande pots catalytiques liée à la transition véhicule électrique.

Au Japon, des chercheurs annoncent une méthode de récupération de 90 % du lithium contenu dans les batteries en fin de vie, validée à l'échelle pilote (Science et Vie). Le procédé pourrait alimenter une chaîne nationale de recyclage des cellules, complément stratégique face à la dépendance japonaise aux importations.

En France, une équipe revendique le développement d'un aimant plus puissant et plus écologique sans terres rares, voie de substitution potentielle aux aimants Nd-Fe-B (Quimper Maville). Le résultat reste à confirmer en performance et en mise à l'échelle, mais le résultat prolonge un mouvement européen de R&D pour réduire la part des terres rares dans les chaînes magnétiques.

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