Veille Minéraux Critiques — Semaine du 13 juillet au 19 juillet 2026

Audit Contenu — Étape 14

La poussée occidentale sur les minéraux critiques bute sur la réalité de la domination chinoise

L’alliance entre les États-Unis et l’Australie a franchi une étape cette semaine avec la signature d’un accord-cadre engageant chaque pays à investir au moins un milliard de dollars sur six mois dans des projets miniers et de transformation. L’Export-Import Bank américaine a émis sept lettres d’intention pour plus de 2 milliards de dollars, ciblant notamment Arafura Rare Earths et Northern Minerals (marketscreener.com). L’accord prévoit aussi un prix plancher pour les minéraux critiques, mécanisme longtemps attendu par les producteurs occidentaux pour protéger leurs investissements face à la volatilité des marchés dominés par la Chine (Devdiscourse).

L’effort diplomatique et financier couvre plusieurs fronts. Le Pakistan a signé un contrat de plus d’un million de dollars sur deux ans avec un cabinet de lobbying à Washington, pour faciliter les rencontres avec le Congrès, le Pentagone et le Conseil de sécurité nationale afin d’attirer les investissements dans ses propres ressources minérales (Geo News). Des pays historiquement en marge des chaînes d’approvisionnement occidentales deviennent ainsi des alternatives crédibles.

Géopolitique et règlementation

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié une estimation du risque que font peser les restrictions chinoises sur les terres rares. Dans son dernier rapport Global Critical Minerals Outlook, l’agence estime qu’une application complète des contrôles à l’exportation de Pékin pourrait toucher jusqu’à 6 500 milliards de dollars d’activité manufacturière en aval hors de Chine, les États-Unis et l’Europe étant les plus exposés (Yahoo Finance UK). Le rapport souligne que la concentration de la production reste un risque stratégique important, la Chine et l’Indonésie ayant représenté à elles seules plus des trois quarts de la croissance de l’offre de minéraux transformés ces deux dernières années (Energy Live News).

L’Union européenne prépare ses propres dispositifs d’urgence face à ce risque. Une équipe interagences a été constituée pour atténuer l’impact sur l’industrie européenne des éventuelles nouvelles restrictions chinoises sur les exportations de terres rares attendues pour l’automne (Table.Briefings). L’avertissement de l’AIE et la préparation européenne, annoncés le même jour, montrent que le report d’un an des restrictions par Pékin est désormais perçu comme un répit temporaire.

En Asie du Sud-Est, la Chine cherche à verrouiller son accès aux ressources indonésiennes. Le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, a demandé à Jakarta un environnement règlementaire « stable et transparent » pour le secteur minéral lors d’une rencontre à Shanghai avec le ministre coordinateur indonésien des Affaires économiques, Airlangga Hartarto (Bloomberg.com). La demande chinoise intervient alors que l’Indonésie et la Malaisie incarnent la stratégie de Pékin pour contrôler l’industrie mondiale des terres rares par le transfert conditionnel de technologies de transformation à des partenaires étatiques (InvestorNews).

L’influence chinoise rencontre des résistances politiques internes en Malaisie. Des parlementaires malaisiens ont demandé au gouvernement de clarifier sa position après la signature d’une lettre d’intention entre le producteur australien Lynas et le Pentagone pour un contrat de fourniture de près de 100 millions de dollars sur quatre ans. Les élus craignent que les terres rares transformées dans le pays ne se retrouvent intégrées à la chaîne d’approvisionnement militaire américaine, ce qui compliquerait la position d’équilibre de Putrajaya et son soutien de longue date à la cause palestinienne (The Straits Times).

Industrie et projet

La République démocratique du Congo (RDC) a réalisé ses premières exportations de lithium. Le projet Manono, opéré par le groupe chinois Zijin Mining, a commencé à expédier du concentré de spodumène en juin, avec un mois d’avance sur le calendrier officiel. L’usine de traitement, entrée en service le 15 juillet, est conçue pour traiter plusieurs millions de tonnes de minerai par an, positionnant Manono parmi les principaux contributeurs à l’offre mondiale (AGENCE ECOFIN). La totalité de la production part vers les raffineries chinoises pour une arrivée estimée en octobre (Business Insider Africa).

La prospection de lithium gagne des zones inhabituelles. Une société pétrolière texane, par une lettre d’intention avec CO2 Energy Transition Corp., prévoit d’extraire du lithium et du strontium à partir de saumures souterraines issues de ses propres puits. Le modèle économique superpose un flux de revenus miniers à la production existante de gaz naturel, créant une protection contre la volatilité des cours du lithium (Zonebourse). La convergence entre industries extractives traditionnelles et nouveaux besoins de la transition énergétique se renforce.

Les États-Unis explorent aussi des options plus contestées. Le Département de l’Intérieur a mis aux enchères deux blocs couvrant plus de 31 millions d’acres de fonds marins au large des Samoa américaines pour l’exploration de nodules polymétalliques. La vente, prévue le 19 novembre avec une mise à prix de plusieurs millions de dollars, est la première location commerciale de ressources minérales en eaux profondes dans les eaux américaines (Construction Review). L’initiative découle du décret présidentiel de 2025 ordonnant aux agences fédérales d’accélérer l’accès aux ressources minérales offshore (Samoa Observer).

Au Brésil, la société canadienne Resouro recherche des financements pour son projet de terres rares, ciblant des investisseurs privés et des marchés obligataires pour développer un projet qui deviendrait une source d’approvisionnement substantielle en dehors de la sphère d’influence chinoise (BNamericas). En Australie, Barkly Rare Earths a lancé une campagne de forage dans le Territoire du Nord pour étendre sa ressource existante de 40 millions de tonnes titrant plus de 2 000 ppm d’oxydes de terres rares totales (SMH.com.au).

Marché et chiffres

Le marché du platine fait face à un resserrement durable de l’offre. Le World Platinum Investment Council (WPIC) a relevé sa prévision de déficit pour 2026 à près de 300 000 onces, contre une estimation antérieure de 240 000 onces. C’est le quatrième déficit annuel consécutif, sans que les prix ne déclenchent une vague de nouveaux projets miniers, ce qui met en évidence une défaillance du mécanisme classique de rééquilibrage du marché (Discovery Alert).

Chez les producteurs, le chilien Antofagasta a confirmé ses prévisions annuelles malgré une baisse de près de 10 % de sa production de cuivre au premier semestre, un recul qui montre les défis opérationnels persistants dans un contexte de demande soutenue pour le métal rouge (MSN). Le géant minier Anglo American continue de se recentrer sur le cuivre et le minerai de fer, et prévoit de céder sa participation dans De Beers, son chiffre d’affaires ayant reculé à environ 31 milliards de dollars en 2023 contre 35 milliards un an plus tôt (ad-hoc-news.de).

L’appétit des investisseurs pour les terres rares hors Chine prend forme. Le lancement en avril 2026 de l’ETF Sprott Rare Earth X China (REXC), premier fonds coté offrant une exposition pure aux producteurs de terres rares non domiciliés en Chine, confirme la demande croissante pour des instruments financiers permettant de parier sur la diversification des chaînes d’approvisionnement (Discovery Alert).

Innovation et R&D

Le géant chinois des batteries CATL a annoncé un partenariat avec le néerlandais Alfen pour mettre en place plusieurs GWh de systèmes de stockage au sodium-ion « Tener » à travers l’Europe à partir de 2027. Avec une durée de vie annoncée de 30 ans, cette technologie devance les alternatives au lithium fer phosphate pour le stockage stationnaire et constitue l’un des engagements les plus importants en faveur du sodium-ion sur le continent européen (Notebookcheck.fr).

L’Inde explore une voie différente pour réduire sa dépendance aux importations, en misant sur le recyclage aux nouvelles chimies de batteries. Un programme de recherche national s’appuie sur l’intelligence artificielle et la biologie synthétique pour développer des méthodes de recyclage biologique des batteries lithium-ion usagées. Le projet cible dans un premier temps les batteries lithium fer phosphate (LFP), pour récupérer le lithium tout en préservant le phosphate de fer de haute qualité, un matériau souvent dégradé par les procédés de recyclage chimique classiques (India Today).

Partager cet article