Veille Minéraux Critiques — Semaine du 15 juin au 21 juin 2026
Le G7 face à l’épreuve des prix, la Chine verrouille sa production, le cuivre oscille entre tarifs et détente au Moyen-Orient
À Évian, les ministres du G7 butent sur le plan de prix plancher porté par l’administration Trump pour soutenir l’extraction occidentale face à la Chine, tandis que Pékin fait entrer en vigueur un règlement qui lui donne la main sur les volumes, les investissements étrangers et les réserves stratégiques (Reuters ; RFI). L’accord intérimaire États-Unis–Iran, attendu pour signature vendredi, prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz et fait plonger l’aluminium de 4,4 % sur le LME, son plus bas niveau depuis fin mars, alors que le cuivre bénéficie d’un rebond technique (Bloomberg ; Bitget). Sur le front commercial, Washington se prépare à annoncer des droits de douane sur le cuivre affiné — 15 % dès janvier 2027, 30 % un an plus tard selon Jefferies — ce qui expose Freeport-McMoRan, Rio Tinto, Hudbay Minerals et Ivanhoe Electric (Yahoo Finance ; Bloomberg). Les douanes américaines bloquent le cuivre du serbe Zijin au nom d’allégations de travail forcé (MLex).
Géopolitique et règlementation
Le G7 d’Évian n’a pas accouché d’un bloc commercial occidental unifié sur les minerais critiques. Le plan Vance — prix minima coordonnés pour le cobalt, le lithium, le nickel — divise les alliés, réticents à subventionner implicitement des projets peu rentables, et l’industrie minière elle-même reste partagée entre soutien à la production domestique et crainte d’une distorsion de marché (Reuters). La France, hôte du sommet, présente l’alignement sur les terres rares et les minerais critiques comme un succès acquis d’avance, mais le communiqué final ne tranche ni sur la gouvernance ni sur le financement (L’Usine Nouvelle ; CGTN).
Pékin durcit son emprise. Le nouveau règlement sur les minerais stratégiques, effectif depuis le 15 juin, confère aux autorités le pouvoir de plafonner les volumes d’extraction, de scruter les capitaux étrangers et de constituer des réserves d’État, sous couvert de sécurité nationale et de protection de ressources limitées (RFI). La mesure complète l’arsenal de restrictions à l’exportation sur le gallium, le germanium, l’antimoine et les terres rares lourdes, transformant la disponibilité physique en levier diplomatique.
L’accord intérimaire entre Washington et Téhéran, attendu pour signature vendredi, prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz, artère par où transite près de 20 % de la consommation mondiale d’aluminium et une part significative du cuivre chilien et péruvien. La prime de risque géopolitique s’effondre sur l’aluminium, mais le cuivre reste soutenu par l’anticipation des tarifs américains (Bloomberg).
L’administration Trump doit statuer d’ici fin juin sur les droits « Section 232 » appliqués au cuivre affiné. Jefferies table sur un calendrier en deux temps : 15 % en janvier 2027, 30 % en janvier 2028, avec une marge de six à douze mois de report possible. Freeport-McMoRan et Rio Tinto concentrent l’exposition directe aux prix américains ; Hudbay Minerals et Ivanhoe Electric subiraient l’effet de second tour (Yahoo Finance). Le PDG d’Ivanhoe Electric, Taylor Melvin, juge que le marché a déjà intégré une partie de la prime, mais que l’incertitude sur le taux final freine les décisions d’investissement (Bloomberg).
Douanes et protection des frontières (CBP) a émis un ordre de rétention (*Withhold Release Order*) sur les produits cuivriques de Serbia Zijin Copper D.O.O., filiale du chinois Zijin Mining, au motif de travail forcé. La mesure, immédiatement exécutoire, coupe un flux significatif vers le marché américain et signale l’extension du levier « droits de l’homme » aux chaînes d’approvisionnement métallurgiques (MLex).
L’Ontario a signé une déclaration d’intention avec le Royaume-Uni pour bâtir des chaînes d’approvisionnement « sécurisées, résilientes et intégrées » en minerais critiques, explicitement conçue pour réduire la dépendance à la Chine. L’accord prévoit des flux financiers, techniques et réglementaires bilatéraux, sans montant engagé pour l’instant (Yahoo News Canada).
Indonésie et Allemagne ont acté une coopération élargie sur les minerais critiques et les terres rares, incluant investissements aval, véhicules électriques et semi-conducteurs. Jakarta, qui a interdit l’exportation de nickel brut pour forcer la transformation locale, cherche à diversifier ses partenaires techniques face aux pressions chinoises (News.az). Pékin critique par ailleurs ouvertement le climat d’investissement indonésien depuis les restrictions sur le nickel, illustrant la friction entre le souhait indonésien de monter dans la chaîne de valeur et la domination chinoise sur le raffinage (Financial Times).
Industrie et projet
Collahuasi, deuxième mine de cuivre du Chili (coparticipée par Anglo American et Glencore), lance un projet de 345 millions de dollars pour soutenir son plan minier à long terme, sans préciser la part de capacité additionnelle. L’investissement fait partie d’une vague de dépenses de maintien et d’optimisation plutôt que d’expansion verte, le Chili luttant contre la baisse des teneurs et la contrainte hydrique (BNamericas).
Aux États-Unis, Stillwater Critical Minerals engage des foreuses pour la plus vaste campagne de son histoire sur le projet Stillwater West (Montana) : nickel, PGE, cuivre, cobalt, chrome et or sur plus de 20 km de longueur. Le programme 2026 vise à étendre la ressource polymétallique de moyenne et haute teneur autour des zones déjà modélisées (Marketscreener).
USA Rare Earth a mis en service son usine pilote hydrométallurgique de Wheat Ridge (Colorado). La première production d’oxydes séparés de terres rares lourdes — dysprosium, terbium, yttrium — est ciblée pour le troisième trimestre 2026. L’entreprise deviendrait l’une des rares hors Chine capable de livrer ces oxides à qualité commerciale, maillon manquant pour les aimants permanents à haute température (The Manila Times).
Au Canada, Appia Rare Earths démarre un programme de 3 300 mètres de forage diamanté sur Alces Lake (Saskatchewan), ciblant neuf trous entre 300 et 500 m de profondeur pour prolonger en profondeur et en latéral les zones minéralisées identifiées par gravimétrie au sol en 2025 (Proactive Investors).
Au Québec, PMET Resources (ex-Patriot Battery Metals) avance sur l’étude de concept pour produire du carbonate de lithium qualité batterie sur la propriété Shaakichiuwaanaan (Eeyou Istchee Baie-James). Euroz Hartleys souligne que l’étude pourrait valider une intégration aval avantageuse pour le projet CV Trend, hôte de pegmatites Li-Cs-Ta sur 50 km de tendance prospective (Marketscreener).
En Louisiane, le Département de l’énergie (DOE) attribue 67 millions de dollars à ElementUSA et à la Colorado School of Mines pour une usine d’extraction de terres rares à partir de résidus de bauxite (boues rouges) de la raffinerie d’alumine de Gramercy. Le procédé vise plus de 300 000 tonnes annuelles de résidus traités, ce qui ferait de ce passif environnemental une source d’oxydes de terres rares légères et lourdes, selon les estimations du DOE (Industrial Info Resources).
Au Royaume-Uni, la filiale Tees Valley Lithium d’Alkemy Capital publie son rapport d’impact pour la raffinerie d’hydroxyde de lithium de Billingham (Teesside). Investissement prévu : 243 millions de dollars (185 millions de livres). Valeur ajoutée brute actualisée sur 25 ans : 1 milliard de livres pour la région ; 1 700 emplois directs, indirects et induits. L’électricité renouvelable dès le démarrage permettrait d’éviter 300 000 tonnes de CO₂ par an versus l’hydroxyde lithium raffiné en Chine à partir de roche dure (Investing.com UK).
NVRO Metals signe un protocole d’accord (Heads of Agreement) avec Transamine pour un contrat d’offtake cathodes de cuivre et un financement jusqu’à 25 millions de dollars, destinés au lancement par étapes du « NVRO Metals Hub » dans le Territoire du Nord australien. La société, issue du retraitement de résidus sulfurés, vise une production de cuivre, cobalt et nickel (The Manila Times).
En Inde, la start-up PointO, spécialisée dans le financement par mensualités de batteries lithium-ion pour auto‑rickshaws électriques, prépare son entrée dans le Sud (Bengaluru, Hyderabad) après six États du Nord et du Centre. Elle collabore avec cinq SFEF (NBFC) et négocie avec des banques pour élargir l’assiette de financement (BusinessLine).
En Chine, E‑Power (via sa filiale Sunrise Guizhou New Energy Materials) obtient une subvention provinciale de 3 millions de RMB (≈ 411 000 $US) du Bureau des big data du Guizhou pour une plateforme de fabrication intelligente « AIoT + blockchain » dédiée aux matériaux d’anode de batteries lithium. L’objectif : briser les silos de données et verdir la chaîne de valeur amont (The Manila Times).
Vedanta (Anil Agarwal) annonce un programme d’investissement de 20 milliards de dollars sur trois ans pour tripler la taille du groupe, avec l’acier comme nouveau fer de lance aux côtés de l’aluminium, de l’énergie et du zinc. La demande intérieure indienne et le contrôle des matières premières motivent ce déploiement (The Economic Times).
Une délégation japonaise officielle évalue en 2026 le potentiel d’extraction de terres rares au Groenland. Tokyo, qui importe la quasi-totalité de ses terres rares, traite ce déplacement comme une mission stratégique formelle, non spéculative, après des années de dépendance à la Chine pour ses industries de l’électronique, de la défense et de l’énergie (Discovery Alert).
Marché et chiffres
Sur le LME, l’aluminium à trois mois a cédé 4,4 % la tonne le 16 juin, plus bas niveau depuis la fin mars, dans le sillage de l’accord États-Unis–Iran rouvrant le détroit d’Ormuz. Le cuivre, lui, a rebondi, porté par la couverture de positions courtes et l’anticipation des tarifs américains (Bloomberg ; Bitget).
Le déficit structurel de cuivre s’aggrave. S&P Global Commodity Insights prévoit une demande mondiale supérieure à 42 millions de tonnes en 2040, soit plus de 50 % au-dessus du niveau actuel, tirée par l’électrification, les réseaux, l’IA et le quantique. L’Afrique australe (Namibie, Botswana) apparaît comme le relais géologique le plus crédible pour combler l’écart, à condition de lever les verrous infrastructurels et de gouvernance (Stockhead).
Rio Tinto réoriente ses flux d’aluminium vers l’Europe au détriment des États-Unis, où la demande ralentit. Le groupe n’a pas chiffré les volumes réaffectés, mais le mouvement confirme la réallocation géographique des métaux de base en fonction des poches de croissance régionales (Shanghai Metals Market).
Au Mexique, le marché de l’aluminium secondaire fait face à une pénurie d’offre qui tire les prix à la hausse et force les acheteurs à prospecter de nouveaux gisements de ferraille. La fragilité des boucles de recyclage régionales hors Asie ressort de l’analyse SMM (Shanghai Metals Market).
En Chine, l’oxyde de zinc secondaire affiche en juin une production insuffisante pour couvrir la demande, maintenant les prix à des niveaux élevés malgré la saisonnalité habituellement baissière. Les arrêts d’unités de traitement et une collecte de déchets plus lente que prévu maintiennent le déséquilibre (SMM Metal).
BofA Securities (Francisco Blanch) anticipe une poursuite de la hausse conjointe du pétrole, du cuivre et de l’or, portée par la recomposition des portefeuilles vers les actifs réels et la prime de risque géopolitique résiduelle (Mshale).
Innovation et R&D
La mise en service de l’usine pilote hydrométallurgique de USA Rare Earth à Wheat Ridge constitue l’aboutissement d’une chaîne de procédés propriétaires — lixiviation, extraction par solvant, séparation chromatographique — conçue pour produire des oxydes de terres rares lourdes à pureté magnétique sans passer par la Chine. Le passage à l’échelle commerciale conditionnera la viabilité économique d’une filière aimants occidentale (The Manila Times).
Le projet d’extraction de terres rares depuis les boues rouges de Gramercy (Louisiane), financé par le DOE, teste une voie d’économie circulaire : valoriser 300 000 tonnes/an de résidus d’alumine pour en extraire les terres rares, évitant l’ouverture de nouvelles mines primaires. Le partenariat avec la Colorado School of Mines porte sur l’optimisation de la lixiviation sélective et de la séparation en aval (Industrial Info Resources).
La plateforme « AIoT + blockchain » d’E‑Power au Guizhou vise à tracer en temps réel la qualité, la consommation énergétique et l’empreinte carbone des matériaux d’anode lithium, de la poudre au produit fini. L’intégration de la donnée industrielle dans un registre distribué est présentée comme le levier pour certifier la conformité ESG auprès des donneurs d’ordre automobiles occidentaux (The Manila Times).
La raffinerie Tees Valley Lithium d’Alkemy intégrera dès l’origine une alimentation 100 % renouvelable et un procédé d’hydrolyse optimisé pour réduire l’intensité carbone de l’hydroxyde de lithium monohydraté. L’analyse de cycle de vie préliminaire revendique un gain de 300 000 t CO₂/an versus la référence chinoise, un chiffre qui devra être audité en phase commerciale (Investing.com UK).
Une délégation japonaise officielle évalue en 2026 le potentiel d’extraction de terres rares au Groenland. Tokyo, qui importe la quasi-totalité de ses terres rares, traite ce déplacement comme une mission stratégique formelle, non spéculative, après des années de dépendance à la Chine pour ses industries de l’électronique, de la défense et de l’énergie. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des sources d’approvisionnement en minerais critiques, essentielle pour réduire les vulnérabilités économiques et renforcer la résilience industrielle (Discovery Alert).