Veille Minéraux Critiques — Semaine du 18 mai au 24 mai 2026

Géopolitique, pénurie et accélération : les minéraux critiques au cœur de trois rivaux

Les stratégies occidentales de souveraineté minérale franchissent un palier — première réserve critique européenne (tungstène, terres rares, gallium), ordonnance australienne de cession chez Northern Minerals, admission du projet Arctic d’Alaska au programme fédéral FAST-41. Pékin maintient ses leviers : restrictions d’exportation reconduites à la sortie du sommet Trump-Xi, sites de stockage stratégique en accélération, nouvelle formation de terres rares identifiée dans le Heilongjiang et le Jilin. Le G7 à Paris ne dépasse pas le stade déclaratif. Sur les marchés, le repli du cuivre et du zinc cache un déficit de fond : révision à la baisse au Chili, Grasberg sous capacité jusqu’à fin 2027, 19 000 tonnes de zinc raffiné manquantes en 2026. (Reuters ; Reuters)

Géopolitique et règlementation

L’Union européenne a retenu tungstène, terres rares et gallium pour sa première réserve critique en vue de réduire sa vulnérabilité aux restrictions d’exportation chinoises. Les discussions s’engagent avec les ports européens majeurs, notamment Rotterdam aux Pays-Bas, pour identifier les sites de stockage. La réserve ne crée pas de capacité minière nouvelle et se limite à trois éléments. Le chiffre de référence — 10 % de la demande annuelle minée en Europe d’ici 2030 et dépendance maximale de 65 % à un tiers pays — reste inatteignable à court terme. (Reuters)

L’Australie a ordonné à six actionnaires de céder leurs participations chez Northern Minerals, producteur de terres rares lourdes situé en Australie-Occidentale. Trois investisseurs sont enregistrés en Chine, deux à Hong Kong et un aux îles Vierges britanniques. La décision vise à protéger le secteur des tentatives de prise de contrôle étrangère et s’inscrit dans une stratégie occidentale cohérente de fermeture des capacités stratégiques. Les terres rares lourdes restent indispensables aux semiconducteurs et aux applications de défense. La Chine contrôle toujours le raffinage des terres rares lourdes. (Reuters)

Les négociations bilatérales USA-Chine n’ont livré aucun progrès tangible sur les terres rares. La Maison Blanche a annoncé que la Chine adresserait les préoccupations américaines au sortir du sommet Trump-Xi tenu vendredi à Pékin, mais le communiqué évite de mentionner la suppression des restrictions d’exportation imposées en avril 2025, reconnaissant implicitement que le régime chinois persiste. Pékin réplique que ses restrictions sont légales et qu’il coopérera sur les préoccupations « raisonnables ». Simultanément, Pékin a annoncé l’accélération de la construction de sites de stockage de réserve minérale — stocks conservés sur site pendant au moins 5 ans, sous révision par le Conseil d'État. Pékin engrange ainsi deux leviers : la rétention des exportations et la constitution de stocks domestiques. (Reuters ; Reuters ; Reuters)

Le G7, réuni vendredi à Paris sur les questions de finances, a appelé à réduire la dépendance aux minéraux critiques. Le ministre allemand des finances a déclaré ne pas avoir « de temps à perdre ». Toutefois, les avancées concrètes restent limitées à des déclarations de coordination. La présence confirmée de Donald Trump au G7 (15-17 juin, France) place les minéraux critiques au centre de l’agenda américain. (Reuters ; La Tribune)

Industrie et projet

KGHM Polska Miedź, le plus grand producteur de cuivre européen, envisage des acquisitions en Europe et Afrique pour renforcer sa position face à la demande énergétique mondiale croissante. L’expansion vise à sécuriser l’intégration verticale — ajouter du minerai brut aux fonderies polonaises et amplifier la présence financière. L’expansion répond à la tension sur l’offre mondiale de cuivre et à la perspective d’une demande énergétique soutenue. (Bloomberg)

Le projet minier Arctic au nord-ouest de l'Alaska, porté par Trilogy Metals en partenariat avec South32, a été accepté comme covered project dans le programme fédéral FAST-41 (Fixing America’s Surface Transportation Act), accélérant le processus de permitting. Le projet produit cuivre, zinc, plomb, or et argent à hautes teneurs. L’admission au programme fédéral confirme la priorité donnée par Washington à la production domestique de minéraux critiques. (Global Mining Review)

Le Chili, premier producteur de cuivre mondial, a réduit ses prévisions de production pour 2026 et 2027, alimentant les attentes d’approvisionnement tendu. La révision relève de défis opérationnels incluant les conditions hydrogéologiques. Le Grasberg en Indonésie fonctionne à 40-50 % de capacité depuis une coulée de boue en 2025 et ne doit reprendre pleine production que fin 2027. Les déficits restent géographiquement dispersés et durables, et exigeront plusieurs années de résorption. (Bloomberg)

En Colombie-Britannique, Juggernaut Exploration lance un programme de forage de 10 000 mètres sur sa propriété Big One (Golden Triangle) pour tester une découverte à l’échelle du district, avec des échantillons de surface atteignant 263 g/t d’or équivalent et des veines minéralisées jusqu’à dix mètres de large. Nine Mile Metals engage 10 000 mètres de forage au gisement Wedge avec focus sur le cuivre-or-argent. Les programmes s’accélèrent malgré la volatilité des prix. (Investing News Network ; Investing News Network)

En Inde, les grands producteurs (Vedanta, Hindalco, Adani) s’opposent à l’inclusion de rods à base de ferraille sous les mêmes standards que le cuivre primaire, craignant la dégradation de qualité pour les applications électriques. (Reuters)

Marché et chiffres

Les prix du cuivre et du zinc ont reculé cette semaine sous l’effet combiné d’un dollar américain plus fort et de données économiques chinoises décevantes. Le cuivre trois mois à la Bourse des métaux de Londres a glissé de 2,75 % à 13 555 dollars la tonne, pressé par l’appréciation du dollar qui renchérit les achats libellés en devises émergentes. Le zinc a reculé de 1,14 % à 363,2, les consommateurs chinois préférant rester en attente d’ajustement supplémentaire, tandis que les positions longues spéculatives se dénouaient. (Investing.com ; Investing.com India)

Les ajustements de prix masquent un déficit de fond. Les parcs solaires, les éoliennes et les infrastructures de recharge mobilisent des volumes de cuivre supérieurs aux décennies passées, tandis que la mise en exploitation de nouveaux gisements stagne et que les teneurs baissent. Les projections d’un déficit de 19 000 tonnes de zinc raffiné pour 2026 contrastent avec les ajustements court-terme des prix, suggérant une hausse durable dans les deux à trois prochaines années. (Swiss Resource Capital)

L’Institut géologique américain a estimé que les Appalaches pourraient contenir 2,5 millions de tonnes d’oxyde de lithium récupérable économiquement — de quoi couvrir 328 années d’importations au taux de 2025. Ce gisement pourrait alimenter 130 millions de véhicules électriques. Transformer la ressource en production exige plusieurs années d’autorisations, de R&D et de chaînes de raffinage. L’estimation ouvre une perspective de réduction de la dépendance au lithium asiatique sans répondre aux besoins court terme du secteur automobile. (OkDiario)

Au-delà du lithium, les acteurs du stockage d’énergie long-terme (long-duration energy storage, LDES) explorent des technologies alternatives. Eos a noué un partenariat avec Cerberus Capital pour constituer Frontier Power, structure dédiée à l’exploitation de projets LDES en application de technologie zinc-bromide. Eos a constitué un backlog incluant une réservation de 2 GWh auprès de Frontier Power, couvrant les segments utility-scale, data center et commercial-industriel. Le passage à des modèles d’intégration verticale, producteur de technologie et opérateur de projet, traduit la maturation du secteur et sa dépendance aux soutiens fédéraux. (Energy-Storage.News)

Innovation et R&D

Pékin a identifié une nouvelle formation de terres rares dans les provinces glacées du Heilongjiang et du Jilin, transformant potentiellement la géographie minérale du pays. Contrairement aux dépôts argileux du sud — qui exigent une lixiviation chimique — ces formations septentrionales consistent en sable et gravier meubles, produits de cycles naturels gel-dégel. L’extraction s’annonce plus simple, moins coûteuse et moins dommageable pour l’environnement. La découverte renforce la position de Pékin alors que les pays occidentaux peinent à diversifier leurs approvisionnements. (South China Morning Post)

Une campagne d’exploration de ressources stratégiques a recensé 200 dépôts minéraux majeurs en Chine, couvrant l’ensemble du spectre critique — terres rares, cuivre, tungstène. (TV BRICS)

Silvan Medical et l’Institut de recherche sur les métaux (Académie chinoise des sciences) ont dévoilé le premier alliage titane-cuivre antimicrobien pour implants osseux, validé par les autorités sanitaires chinoises le 21 avril. Le matériau conjugue la résistance du titane et les propriétés bactéricides du cuivre, élargissant les applications du cuivre au-delà du secteur énergétique. (South China Morning Post)

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