Veille Minéraux Critiques — Semaine du 13 au 19 avril 2026
Ormuz pèse sur les métaux, l'Occident structure sa riposte terres rares
Le blocus d'Ormuz et la guerre d'Iran continuent de diffuser leurs effets dans les chaînes des métaux — aluminium au plus haut de quatre ans, producteurs cuivre-cobalt congolais forcés de rationner leurs intrants chimiques. La Chine durcit son usage des terres rares comme levier politique ; les entreprises européennes parlent désormais de « chantage ». Le pacte US-Australie dépasse 5 milliards de dollars d'engagements en six mois, le G7 ouvre un dialogue avec les producteurs, les États-Unis libéralisent leur stockpile minéral et lèvent le moratoire minier du Minnesota, pendant que la France construit son aval aimants à Lacq et en Béarn. L'Indonésie rebat en parallèle le calcul du prix du nickel en y intégrant cobalt, fer et chrome, et le Congo invente une finance minière souveraine avec un emprunt de 1,25 milliard de dollars adossé à un accord américain.
Géopolitique et règlementation
Le pacte US-Australie sur les minéraux critiques s'accélère. Les deux gouvernements doublent leurs investissements conjoints, selon la déclaration officielle du 13 avril (ministère australien de l'Industrie, reprise par L'Orient-Le Jour). L'allocation publique combinée atteint 3,5 milliards de dollars (Mining Technology) ; le pacte signé en octobre 2025 a déjà drainé 5 milliards de dollars d'engagements sur dix projets, dépassant la projection initiale de 3,1 milliards (InnovationAus). Les projets incluent une raffinerie commune de terres rares et l'une des plus grandes opérations nickel en Australie occidentale.
L'administration Trump travaille à un pacte sur les minéraux critiques assorti d'un prix plancher, qui garantirait une rémunération minimale aux producteurs domestiques (Investing.com). Le stockpile minéral stratégique américain sera ouvert à l'ensemble des traders, selon l'Ex-Im Bank, confirmant une politique plus ouverte sur l'accès au stock (Bloomberg). L'offensive Trump sur les minerais africains repose sur deux piliers : le Project Vault sur les stocks et financements, et le corridor ferroviaire de Lobito reliant la RDC à l'Angola, alternative frontale aux routes chinoises (Jeune Afrique).
La Chine utilise les terres rares comme arme politique contre l'Europe (Upday). La Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine avertit que Pékin risque de compromettre sa réputation de fournisseur fiable en durcissant ses contrôles (Caixin). Du côté des fabricants, les investissements miniers de CATL prolongent la stratégie d'intégration verticale de Pékin et traduisent l'escalade de l'offensive chinoise sur les minéraux critiques (analyse Foundation for Defense of Democracies).
L'Afrique du Sud et l'Allemagne ont conclu un accord sur un prêt climatique concessionnel de 200 millions d'euros doublé d'une coopération sur les minéraux critiques ; l'Allemagne et l'Union européenne ajoutent plus de 270 millions d'euros pour l'hydrogène vert et la chaîne de valeur des batteries (Reuters). L'interdiction d'exporter des minerais bruts donne au Zimbabwe un nouveau levier vis-à-vis de la Chine (analyse Africa Defense Forum).
Une réunion s'est tenue à Washington, co-présidée par la ministre japonaise des Finances Satsuki Katayama, son homologue française Roland Lescure (France à la présidence du G7) et le président de la Banque mondiale Ajay Banga (Japan News). Des pays producteurs — Brésil, Afrique du Sud, Inde — y ont discuté diversification des chaînes et financements multilatéraux. Le Japon engage 20 millions de dollars à l'Asian Development Bank (ADB) et à l'Inter-American Development Bank (IDB). Les ministres des Finances du G7 se retrouveront à Paris mi-mai pour statuer sur des mesures concrètes de réduction de la dépendance chinoise.
Industrie et projets
À Lacq, Carester, start-up lyonnaise spécialisée dans le traitement et la séparation des terres rares, accueille deux investisseurs stratégiques : InfraVia Métaux Critiques et USA Rare Earth (La Tribune ; Sud-Ouest sur la Vallée des aimants en Béarn). L'usine Caremag doit séparer, recycler et valoriser quatre terres rares lourdes — praséodyme, néodyme, terbium, dysprosium — avec un objectif de 2 000 tonnes d'aimants recyclés et 5 000 tonnes de concentrés miniers raffinés par an. Les premières machines sont livrées, les tests démarrent en août, la commercialisation est prévue début 2027.
Les producteurs cuivre-cobalt de la République démocratique du Congo rationnent leurs intrants chimiques — acide sulfurique et réactifs de flottation en premier lieu — sous l'effet des perturbations Iran (exclusif Reuters). Des sanctions financières ont été prononcées contre Codelco et ses sous-traitants après l'effondrement mortel d'une mine au Chili (exclusif Reuters). Codelco et Anglo American poursuivent par ailleurs deux autorisations environnementales parallèles pour une fosse cuprifère partagée au Chili (Reuters).
Aux États-Unis, le Sénat américain lève le moratoire Biden sur 225 504 acres du Superior National Forest (Minnesota) par un vote 50-49 (Reuters). La décision débloque notamment le projet cuivre-nickel-cobalt Twin Metals d'Antofagasta, sans empêcher les recours juridiques encore possibles. Parallèlement, USA Rare Earth a produit son premier yttrium métallique sur sol domestique, dans la reconstruction de la chaîne de valeur terres rares américaine (Mining Technology). Le Department of Energy (DoE) sélectionne cinq entreprises technologiques pour sécuriser la chaîne d'approvisionnement gallium aux États-Unis (Mining.com).
Le Canada ouvre sa première raffinerie commerciale de lithium par voie électrochimique en Amérique du Nord (Canadian Mining Journal). L'installation de Mangrove Lithium marque une étape dans le raffinage amont. Nouveau Monde Graphite a sécurisé un financement de 297 millions de dollars américains pour sa mine québécoise (SustainableBiz). Almonty transfère son siège vers le Montana (Investing News).
La République démocratique du Congo redirige ses flux commerciaux vers l'Ouest. Un grand producteur congolais redirige davantage de volumes de cuivre vers les États-Unis (Semafor), ce qui s'articule avec l'emprunt souverain de 1,25 milliard de dollars levé par Kinshasa et adossé à un accord minier américain (Discovery Alert). KoBold Metals présente par ailleurs sa campagne congolaise d'exploration lithium comme « la plus grande au monde » (Bloomberg).
Critical Metals augmente sa participation dans un actif terres rares au Groenland (Bloomberg). La Chine cartographie les ressources des fonds marins pendant que le Japon prépare son exploitation à 6 000 mètres au large de Minamitorishima (South China Morning Post).
En Afrique australe, un site de production de terres rares utilisant une technique d'extraction inédite va ouvrir en Afrique du Sud (AP News).
Les constructeurs japonais — Toyota, Denso — sont fortement exposés à la pénurie d'aluminium liée à la guerre d'Iran : environ 70 % des importations japonaises d'aluminium proviennent du Moyen-Orient, et les cours ont bondi de 13 % depuis fin février (Bloomberg).
Marché et chiffres
La semaine ouvre sur un constat de marché : cuivre en baisse, spreads aluminium en hausse, alors que Washington prépare le blocus d'Ormuz (Bloomberg). L'aluminium atteint un plus haut de quatre ans : +1,7 % à environ 3 570 dollars la tonne sur le London Metal Exchange (LME), un sommet depuis mars 2022, avec un spread cash / 3 mois d'environ 90 dollars par tonne (Wall Street Journal). Les exports chinois d'aluminium devraient bondir pour compenser la disruption (Bloomberg), tandis que le cuivre efface ses pertes de guerre à mesure que les traders anticipent des pourparlers de paix (Bloomberg). En fin de semaine, le London Metals Index atteint un record sur fond d'analyse d'un « déficit persistant » sur l'aluminium — que l'analyste ING chiffrait à deux millions de tonnes durablement installé (Bloomberg TV).
Les entreprises chinoises de terres rares montent en bourse après leur revalorisation trimestrielle des prix (Bloomberg). Les entreprises européennes qualifient la situation de « risque commercial durable » (Les Echos). Le Brésil ne partagera ses terres rares avec Washington et Pékin qu'à condition qu'elles soient transformées sur son sol (South China Morning Post). Un webinaire sur les outils de prix et de risque pour la chaîne occidentale des terres rares souligne que les prévisions ex-Chine du néodyme-praséodyme divergent désormais des signaux domestiques chinois et que la tarification doit évoluer des oxydes vers les aimants pour permettre la mise en place de courbes forward et d'instruments de couverture (Benchmark Mineral Intelligence).
L'Indonésie augmente le prix de référence (HPM) sur le minerai de nickel (Bloomberg). Le décret 144.K/MB.01/MEM.B/2026 du ministère Energi dan Sumber Daya Mineral (ESDM), effectif le 15 avril, relève le facteur de correction sur le grade 1,6 % de 17 % à 30 %, et intègre pour la première fois cobalt (CF 30 % au-dessus de 0,05 %), fer (CF 30 % en dessous de 35 %) et chrome (CF 10 %) comme sous-produits valorisés. Pour un minerai grade 1,2 %, le HPM passe de 16 à 40,18 dollars par tonne humide métrique.
Le CEO d'Aurubis pronostique que la demande américaine de cuivre va réduire le stockpile Comex (Reuters). Albemarle s'envole en bourse, portée par la demande VE et les specialty chemicals (Barron's).
Le dirigeant de Pilbara Minerals anticipe une « tension d'offre » et des prix plus élevés sur le lithium (Nikkei Asia). Les profits de Ganfeng remontent, portés par la demande VE et le stockage stationnaire (South China Morning Post).
Innovation et R&D
Nornickel cherche un nouveau marché pour son palladium dans les véhicules électriques, via un catalyseur destiné aux batteries lithium-soufre, technologie qui promet une densité énergétique supérieure aux ions lithium classiques (Reuters). La transition VE réduit en parallèle la demande historique en catalyseurs de pot d'échappement, ce qui motive le russe à diversifier l'usage du palladium.
Les anodes lithium-métal franchissent une étape de maniabilité. Un procédé de « bain simple » prépare les anodes lithium-métal pour véhicules électriques à grande autonomie et accélère la fabrication sans compromettre la densité énergétique (Chemical & Engineering News, ACS). Dans le même registre batteries, une percée japonaise revendique 90 % de taux de récupération du lithium contenu dans les batteries de véhicules électriques en fin de vie (TechSpot). Le procédé, s'il se confirme à l'échelle industrielle, modifie l'équilibre amont-aval du lithium : au-delà d'un certain volume de VE en fin de vie, le recyclage devient un gisement complémentaire significatif.
Les moteurs électriques sans aimants exploitent soit le couple de réluctance — l'alignement spontané du rotor sur le chemin de moindre résistance magnétique — soit l'induction (analyse EDN). Ces deux voies permettent de s'affranchir du néodyme et du dysprosium tout en délivrant les performances nécessaires aux véhicules lourds et commerciaux. Advanced Electric Machines est cité comme l'un des fournisseurs déjà actifs sur ce segment.
Nissan et ses équipementiers ont développé une technologie de moteur électrique qui réduit de 90 % l'utilisation de terres rares lourdes dans la nouvelle Leaf, mise en vente au Japon en janvier 2026 — illustration industrielle de la trajectoire décrite par EDN (Nikkei Asia).
Metallium sécurise un procédé « Flash Joule Heating » de récupération d'antimoine et de métaux du groupe platine, via une expansion de partenariat R&D (MarketScreener). La technologie promet de récupérer plusieurs éléments simultanément à partir de résidus industriels ou miniers à faible concentration.
Une feuille de cuivre de dix micromètres combine 900 MPa de résistance à la traction et 90 % de la conductivité électrique standard, selon un résultat publié dans Science (CGTN). Si la performance se confirme à l'échelle industrielle, la feuille ouvre une voie nouvelle pour l'électronique avancée et les batteries de nouvelle génération.