Veille Minéraux Critiques — 13 et 14 avril 2026

Ormuz secoue les chaînes des métaux, Lacq et le Béarn ancrent l'aval français des terres rares

La guerre d'Iran et la menace de blocus du détroit d'Ormuz se diffusent dans les marchés et les chaînes opérationnelles. La France accélère sur l'aval des terres rares, avec deux annonces à Lacq et dans le Béarn. Le pacte US-Australie franchit 5 milliards de dollars d'engagements en six mois, l'Europe cherche des alternatives aux terres rares chinoises, et le Congo lève une obligation souveraine — la première du genre — adossée à un accord minier américain.

Géopolitique et règlementation

Le 13 avril, Bloomberg rapporte que les spreads aluminium se tendent et que le cuivre cède pendant que Washington prépare un blocus du détroit d'Ormuz. Le lendemain, l'analyste de l'ING interrogé par Bloomberg TV évoque un déficit du marché de l'aluminium qui pourrait atteindre deux millions de tonnes et qualifie ces perturbations de durables. Le 14 avril, Bloomberg documente un rebond du cuivre à un plus-haut d'un mois sur fond d'espoir de pourparlers avec Téhéran.

Les répercussions s'étendent à la filière chimique. Reuters publie le 13 avril un exclusif sur les producteurs cuivre-cobalt de la République démocratique du Congo (RDC) qui rationnent leurs intrants chimiques, en particulier l'acide sulfurique, à mesure que la guerre d'Iran perturbe les approvisionnements. Mining Digital détaille comment l'éventuelle interdiction chinoise des exports d'acide sulfurique impacterait les opérations minières mondiales, et Reuters annonce le 14 avril que les fonderies de cuivre chinoises pourraient maintenir leurs limitations de production. Aux États-Unis, The Oklahoman recueille l'analyse d'un expert qui rattache le futur smelter aluminium d'Inola à l'agenda d'isolement de l'administration Trump et de la guerre.

L'Orient-Le Jour annonce le 13 avril que Washington et Canberra doublent leurs investissements dans les projets de minerais critiques ; le ministère australien de l'Industrie en publie la déclaration officielle. InnovationAus précise que le pacte signé en octobre 2025 a déjà drainé 5 milliards de dollars d'engagements sur dix projets, dont une raffinerie commune de terres rares et l'une des plus grandes opérations d'extraction de nickel en Australie occidentale, dépassant la projection initiale de 3,1 milliards. Mining Technology revient sur l'allocation publique combinée de 3,5 milliards de dollars annoncée par les deux gouvernements. 5 milliards en six mois contre 3,1 milliards projetés.

L'Europe encaisse la pression chinoise sur les terres rares. Les Echos qualifient la situation de « risque commercial durable ». MLex rapporte qu'un groupe d'entreprises européennes appelle à trouver des alternatives. Upday documente comment Pékin se sert des terres rares comme arme politique contre l'Europe, et Géo publie une enquête sur « la bataille invisible des terres rares » entre Washington et Pékin, qui pointe la difficulté américaine à reconstruire une base d'ingénieurs miniers. Le South China Morning Post insiste : pour rivaliser avec la Chine, les États-Unis doivent reconstruire leur capital humain spécialisé.

EnergyNow revient sur les 36 milliards de dollars de transactions gaz et minéraux signés entre Tokyo et Washington dans le cadre du pacte Trump. Sunday World, reprenant Reuters, rapporte que l'Allemagne accorde à l'Afrique du Sud un prêt climatique concessionnel de 200 millions d'euros, et que les deux pays approfondissent leur coopération sur les minéraux critiques ; l'Union européenne ajoute plus de 270 millions d'euros pour l'hydrogène vert et la chaîne de valeur des batteries. Discovery Alert documente l'opération par laquelle la RDC lève 1,25 milliard de dollars via une obligation souveraine adossée à un accord minier américain — la première du genre pour un pays de la région, qui transforme un contrat d'approvisionnement en instrument de marché et ouvre potentiellement la voie à d'autres capitales africaines cherchant à monétiser leurs gisements auprès d'investisseurs occidentaux. Africa Defense Forum note en parallèle que l'interdiction d'exporter certains minerais bruts donne au Zimbabwe un levier de négociation accru avec la Chine.

Côté régulation, le Chili et le Pérou ponctuent l'actualité. Reuters documente les sanctions financières prononcées contre Codelco et ses contractants après l'effondrement mortel d'une mine. Bloomberg rapporte la volonté du nouveau gouvernement chilien d'accélérer la production cuprifère face à un marché tendu, et BN Americas recueille l'appel des dirigeants d'Antofagasta, Anglo American et Lundin pour des règles plus claires. Au Pérou, Mexico Business annonce la révocation par Lima du permis de Southern Copper sur le projet Tía María, après plus d'une décennie de blocage.

En bref : Asia Times appelle le Quad à desserrer l'emprise chinoise sur les terres rares birmanes, dont une part alimente les chaînes de séparation côté chinois ; le Journal du Net présente l'or recyclé comme un levier sous-estimé de souveraineté.

Industrie et projet

À Lacq, La Tribune annonce que Carester, société lyonnaise du traitement et de la séparation des terres rares, accueille deux nouveaux investisseurs stratégiques à son capital : InfraVia Métaux Critiques et l'américain USA Rare Earth. L'usine Caremag, baptisée d'après ses promoteurs, doit séparer, recycler et valoriser quatre terres rares lourdes — praséodyme, néodyme, terbium et dysprosium — pour un objectif de 2 000 tonnes d'aimants recyclés et 5 000 tonnes de concentrés miniers raffinés par an. Les premières machines sont déjà livrées, les tests de mise en route débuteront en août, et la commercialisation est prévue début 2027. Carester a déjà reçu en 2025 un soutien de l'État français de 106 millions d'euros d'avances remboursables et 110 millions du conglomérat japonais Iwatani. Investing News apporte le détail du chèque transatlantique : USA Rare Earth et InfraVia versent 93 millions de dollars pour entrer au capital du raffineur français.

Plus à l'ouest, dans les Pyrénées-Atlantiques, Sud-Ouest documente la Vallée des aimants en Béarn, où deux nouveaux investisseurs sont confirmés pour l'usine de recyclage de terres rares. À quelques kilomètres l'une de l'autre, ces deux usines partagent une même adhérence territoriale — l'ancien bassin gazier du sud-ouest.

L'industrie aluminium française traverse en parallèle un choc social. Ouest-France rapporte qu'une fonderie normande supprime 111 postes — plus d'un emploi sur deux — en bascule du laiton vers le cuivre. La transformation du mix matière reflète la pression sur le laiton et la réorientation des fileries européennes vers les métaux mieux valorisés.

Sur le front de l'extraction et des projets, Mining Review annonce qu'Ivanhoe Mines déclare au premier trimestre plus de 71 000 tonnes de cuivre produites par Kamoa-Kakula en RDC et un record sur le zinc. Sydney Morning Herald rapporte que Critica obtient 81 % de récupération sur les terres rares à magnets dans ses tests métallurgiques en Australie occidentale. Bloomberg annonce que l'Indonésie augmente son prix de référence du minerai de nickel, frappant les transformateurs domestiques.

L'Italie et le Canada renforcent leur partenariat graphite. Webwire revient sur l'investissement d'Eni dans Nouveau Monde Graphite pour développer la filière graphite naturel canadienne. The Elec rapporte de son côté que le coréen EcoPro sécurise un financement canadien pour développer ses anodes lithium-métal destinées aux batteries solid-state. Côté Afrique, Mining MX documente l'octroi par Harare de quotas d'exportation de lithium à deux entreprises chinoises, ce qui éclaire le rapport de force évoqué par l'Africa Defense Forum sur le levier zimbabwéen.

Enfin, MarketScreener reprend une vidéo Bloomberg consacrée aux startups américaines qui tentent de briser l'étau chinois sur les minéraux critiques. La conversation, animée par David Westin, rassemble Phoenix Tailings, l'auteur David Abraham, Heidi Crebo-Rediker du CFR et l'ancien ambassadeur Nicholas Burns autour d'une question centrale : l'innovation peut-elle permettre aux États-Unis de rattraper plusieurs décennies de retard sur la chaîne de valeur ?

Marché et chiffres

L'Indonésie réforme son prix de référence nickel. Shanghai Metals Market détaille le décret 144.K/MB.01/MEM.B/2026 du ministère ESDM, effectif le 15 avril, qui révise la formule de calcul du HPM sur le minerai de nickel. Le facteur de correction sur le grade 1,6 % passe de 17 % à 30 %, et la formule intègre pour la première fois les minéraux associés : le cobalt bénéficie d'un facteur de 30 % au-delà de 0,05 %, le fer d'un facteur de 30 % en dessous de 35 % et le chrome d'un facteur de 10 %. Pour un minerai de grade 1,2 %, le HPM passe de 16 à environ 40 USD/wmt (wet metric ton) et le coût de production de MHP à partir de minerai HPAL externe augmente d'environ 2 600 USD/t Ni. Maritime Professional rapporte que les exportations cuivre de la RDC reculent de 15 % sur la période, tandis que le cobalt rebondit.

Sur les terres rares, la trajectoire de prix est confirmée par plusieurs sources. Benchmark Mineral Intelligence annonce un webinaire le 21 mai sur les outils de prix et de risque pour la chaîne occidentale des terres rares, en soulignant que les prévisions ex-Chine du NdPr divergent désormais des signaux domestiques chinois et que la tarification doit évoluer des oxydes vers les aimants pour permettre la mise en place de courbes forward et d'instruments de couverture. Indian Defence Review revient sur la découverte annoncée par la Chine de 9,7 millions de tonnes de terres rares — et 27 millions de tonnes de fluorite et baryte — sur le site du Sichuan, signal qui consolide la position dominante chinoise au moment où l'Occident cherche à organiser sa contre-offensive. South China Morning Post rapporte que le Brésil ne partagera ses terres rares avec Washington et Pékin qu'à condition qu'elles soient transformées sur son sol ; BN Americas confirme qu'Aclara relève son capex pour son projet brésilien à 780 millions de dollars.

Investing.com, reprenant Reuters, documente la hausse des coûts de production cuivre de Codelco au Chili sous l'effet de la guerre du Moyen-Orient. Sur le lithium, Nikkei Asia rapporte les déclarations du dirigeant de Pilbara Minerals qui anticipe une « tension d'offre » et des prix plus élevés à venir, en rupture avec le narratif de surcapacité qui dominait depuis 2024.

Innovation et R&D

Nornickel explore un nouvel usage du palladium dans les batteries. Domain-B rapporte que le groupe investit dans la recherche sur l'utilisation du palladium comme catalyseur dans les batteries lithium-soufre, technologie qui promet une densité énergétique supérieure aux ions lithium classiques. Le groupe russe recherche un débouché alternatif alors que la transition électrique réduit la demande historique en catalyseurs automobiles à combustion.

Côté recyclage, Tech via Yahoo rapporte un procédé japonais revendiquant 90 % de taux de récupération du lithium contenu dans les batteries de véhicules électriques en fin de vie. Si le procédé se confirme à l'échelle industrielle, le recyclage devient une source matière significative à mesure que les parcs d'EV atteignent leur fin de vie, et l'équation amont-aval du lithium s'en trouve recadrée. Enerzine documente une cathode bi-phase cristalline destinée aux batteries zinc-ion aqueuses de nouvelle génération, technologie alternative au lithium-ion adaptée au stockage stationnaire et aux usages industriels où la densité énergétique compte moins que la sécurité et le coût.

Techxplore rapporte les travaux de l'Université Sejong (Corée du Sud) qui développent une anode silicium « freestanding » fondée sur un réseau de nanofibres de carbone servant à la fois de support structurel et de cadre conducteur. Une phase silicium uniforme s'y dépose par condensation hydrolytique, formant une interface Si/SiOx conformale. Les tests électrochimiques affichent environ 730 mAh/g à 0,1 A/g et une rétention de près de 80 % de la capacité après 2 000 cycles à 1 A/g. En cellule complète avec cathode NCM622, l'anode délivre environ 175 mAh/g et conserve plus de 90 % de sa capacité après 300 cycles. Publication dans Advanced Fiber Materials. Côté cathodes, Asia Economic Daily rapporte une avancée coréenne sur les cathodes haut-nickel pour batteries solid-state, qui augmente simultanément la durée de vie et la puissance de sortie.

Enfin, EDN publie une analyse pédagogique des moteurs électriques sans aimants, qui exploitent soit le couple de réluctance — l'alignement spontané du rotor sur le chemin de moindre résistance magnétique — soit l'induction. Cette voie permet de s'affranchir du néodyme et du dysprosium tout en délivrant les performances nécessaires aux véhicules lourds et commerciaux. Advanced Electric Machines est cité comme l'un des fournisseurs déjà actifs sur ce segment. La technologie reste minoritaire face aux moteurs à aimants permanents, mais ces moteurs de forte puissance fonctionnant sans terres rares lourdes réduisent la dépendance à la filière aimants permanents.

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