Veille Minéraux Critiques — 10 avril 2026

Géopolitique

La Maison-Blanche a rejeté la demande d’exemption tarifaire formulée par Ford sur l’aluminium, selon le Wall Street Journal repris par Reuters. Un responsable de l’administration a précisé que les constructeurs automobiles n’avaient pas formulé de requête formelle solide. La dernière révision des tarifs Section 232, entrée en vigueur lundi, porte les droits à 50 % sur les produits primaires en acier, aluminium et cuivre, et à 25 % sur les dérivés, rapporte Construction Dive via Yahoo Finance. L’impact sur le secteur de la construction reste variable : la charpente acier représente 8 à 9 % du coût d’un bâtiment commercial. Au Canada, La Presse détaille les maux de tête causés par ce nouveau décret pour les transformateurs québécois.

Le conflit au Moyen-Orient continue de redessiner les flux d’aluminium. Rusal envisage de réorienter une partie de sa production de la Chine vers le Japon et d’autres marchés asiatiques. Nikkei Asia confirme que des entreprises japonaises cherchent des sources alternatives d’aluminium russe alors que les prix atteignent un plus haut de quatre ans, la fermeture de facto du détroit d’Ormuz pesant sur l’approvisionnement.

Au Chili, Bloomberg révèle le démantèlement d’un réseau criminel qui acheminait du cuivre volé vers la Chine via le Pérou. Les enquêteurs chiliens ont mis au jour près d’un milliard de dollars de cuivre détourné ; le réseau opérait depuis plusieurs années en exploitant des failles dans la traçabilité des concentrés à l’exportation. L’affaire expose un angle mort des chaînes d’approvisionnement : au-delà des risques géopolitiques et logistiques, le crime organisé constitue un facteur de perte physique rarement quantifié dans les bilans d’offre mondiale.

Lundin Mining consolide sa stratégie cuivre à la frontière Chili-Argentine. Le canadien a porté sa participation dans Caserones à 75 % et acquis 31 % du projet Los Helados pour 215 millions de dollars. L’objectif : un pôle minier de classe mondiale relié au mégaprojet Vicuña (coentreprise Lundin-BHP), dont l’investissement total dépasse 18 milliards de dollars.

Le Pentagone poursuit la sécurisation de sa chaîne d’approvisionnement en semi-conducteurs. Discovery Alert détaille un contrat portant sur le gallium, élément contrôlé quasi exclusivement par la Chine et indispensable aux puces en arséniure de gallium (GaAs) utilisées dans les systèmes de défense.

En Afrique, La Tribune analyse l’accélération chinoise sur la route stratégique reliant les mines de cuivre zambiennes et congolaises au port tanzanien de Dar es Salaam via le chemin de fer Tanzania-Zambia Railway Authority (TAZARA), consolidant l’emprise de Pékin sur les corridors logistiques du cuivre et du cobalt africains.

Industrie

Le Zimbabwe va instaurer des quotas d’exportation de concentrés de lithium et exiger des engagements sur la transformation locale, rapporte Reuters. Premier producteur africain de lithium, le pays avait suspendu les exportations le 26 février pour malversations présumées. Les conditions incluent la publication des états financiers des mines et la construction d’usines de sulfate de lithium avant janvier 2027. Une taxe de 10 % reste en vigueur jusqu’à l’interdiction totale des exportations de concentrés prévue début 2027. Les groupes chinois Huayou Cobalt, Sinomine et Chengxin dominent le secteur ; en 2025, le Zimbabwe a exporté plus d’un million de tonnes de spodumène vers la Chine, soit 15 % de ses importations de concentrés.

Les Philippines se positionnent comme futur hub des minéraux critiques avec l’appui des États-Unis et du Japon, analyse le South China Morning Post. En parallèle, BNAmericas signale un rapprochement Brésil-États-Unis sur les minéraux critiques, élargissant le réseau d’alliances américain au-delà de l’Asie-Pacifique.

La demande en terres rares magnétiques (néodyme, praséodyme, dysprosium, terbium) a doublé depuis 2015 et devrait croître de plus de 30 % d’ici 2030, selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie publié cette semaine. La Chine contrôle 60 % de la production minière, plus de 90 % du raffinage et près de 95 % de la fabrication d’aimants permanents. Les projets hors Chine ne couvriraient que la moitié des besoins miniers et moins d’un cinquième de la demande en aimants d’ici 2035. L’agence estime à 60 milliards de dollars les investissements nécessaires sur dix ans, précise Anadolu Agency. L’écart entre capacité minière et capacité de raffinage reste le verrou principal : les projets hors Chine restent concentrés sur l’amont minier et aucun n’intègre de capacité de fabrication d’aimants à l’échelle industrielle.

Osmond Resources accélère son projet visant à devenir le premier extracteur de terres rares de l’Union européenne. Ceratizit, filiale du groupe Plansee, met en avant sa chaîne d’approvisionnement en tungstène fondée majoritairement sur le recyclage, réduisant la dépendance aux sources primaires chinoises. Tous deux restent en amont de la chaîne de valeur.

La Société financière internationale (IFC) et First Quantum Minerals ont signé un accord pour le développement d’un projet de cuivre en Argentine, évalué à 5,25 milliards de dollars. Ce partenariat vise à sécuriser le financement par emprunt d’un des plus importants projets cuprifères en développement sur le continent.

En Amérique latine, Mining Weekly rapporte les propos du PDG d’Antofagasta Minerals, qui dénonce la lenteur des processus d’autorisation minière comme le principal frein au développement du cuivre dans la région. Parmi les juniors, Critical One Energy confirme une large minéralisation d’antimoine de surface en Amérique du Nord, Bezant Resources multiplie par sept ses ressources minérales et RZOLV affiche 97 % de récupération sur un minerai complexe cuivre-or sans cyanure.

Sur le zinc, Shanghai Metals Market analyse la baisse des frais de traitement du concentré de zinc en avril (1 350 yuans/t en Chine, environ 15 $/t de baisse à l’importation), reflet des tensions persistantes sur l’approvisionnement mondial.

Marché

Les cours du cuivre ont atteint leur plus haut niveau en trois semaines après l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, rapporte Bloomberg. Le contrat du London Metal Exchange (LME) à trois mois a progressé de 2,6 % à près de 12 600 dollars la tonne. La chute de plus de 10 % des cours du brut et l’affaiblissement du dollar à un plus bas d’un mois ont soutenu l’ensemble des métaux de base : étain +4,3 %, nickel +1,6 %, zinc +1 %, détaille Zonebourse. Les perturbations dans le Golfe, antérieures au cessez-le-feu, ont provoqué les réorientations de flux d’aluminium décrites plus haut ; sur le cuivre, la réaction des marchés confirme que les cours des métaux de base sont désormais indexés sur le risque Ormuz autant que sur les fondamentaux de l’offre et de la demande.

Rio Tinto et Century Aluminum ont relevé de 12 % les primes sur l’aluminium semi-transformé aux États-Unis, conséquence directe des perturbations d’approvisionnement liées à la guerre dans le Golfe.

L’Espagne a lancé un plan national de 197 millions d’euros pour réduire sa dépendance au magnésium chinois, rapporte Click Petróleo e Gás. L’Europe dépend de la Chine pour 97 % de sa consommation de magnésium ; le plan s’inscrit dans la nouvelle stratégie d’exploration minière nationale.

Resolution Minerals a obtenu le statut FAST-41 de la Maison-Blanche pour son projet Antimony Ridge dans l’Idaho, accélérant les procédures fédérales d’autorisation pour ce métal classé critique par les États-Unis.

Des investisseurs représentant 4 500 milliards de dollars d’actifs sous gestion pressent les constructeurs automobiles d’agir contre la déforestation et les violations des droits humains liées à l’extraction du nickel, selon Reuters. La production indonésienne de nickel, multipliée par seize depuis 2015, représente désormais plus de 60 % de la production mondiale. Mercedes-Benz prévoit d’exiger que ses fournisseurs de cellules de batteries s’approvisionnent exclusivement auprès de mines auditées selon le standard Initiative for Responsible Mining Assurance (IRMA).

American Ocean Minerals et Odyssey Marine fusionnent pour former un groupe d’un milliard de dollars spécialisé dans l’extraction de minéraux critiques en eaux profondes, ciblant les chaînes d’approvisionnement américaines.

E3 Lithium et le constructeur naval allemand TKMS ont signé un accord de partenariat pour sécuriser l’approvisionnement en minéraux critiques destinés au programme de sous-marins canadien. 5E Advanced Materials avance sur son projet intégré de bore aux États-Unis, visant à créer une chaîne d’approvisionnement entièrement domestique pour ce minéral critique utilisé dans la défense, l’énergie et les technologies avancées.

Innovation

Des chercheurs ont mis au point un procédé d’échange de protons qui améliore significativement les performances des catalyseurs sans platine pour les piles à combustible et les batteries métal-air, annonce EurekAlert. Le procédé vise à réduire la dépendance au platine dans les technologies de l’hydrogène, mais reste au stade expérimental.

Altilium a déposé son dixième brevet au Royaume-Uni, couvrant un procédé de production de précipité mixte d’hydroxyde de nickel (MHP) à partir de batteries usagées et de déchets de fabrication. L’usine en construction à Plymouth vise 3 200 tonnes de MHP par an, tandis qu’un site plus important à Teesside pourrait traiter les déchets de 150 000 véhicules électriques annuellement. L’Indonésie contrôle actuellement plus de 80 % du marché mondial du MHP.

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