Veille Minéraux Critiques — 4-6 avril 2026

Géopolitique

Un groupe bipartisan de parlementaires américains a déposé jeudi le MATCH Act (Multilateral Alignment of Technology Controls on Hardware), un projet de loi qui interdirait non seulement la vente mais aussi la maintenance des équipements de lithographie DUV aux fabricants chinois de puces. NBC News détaille que le texte, porté au Sénat par Andy Kim et Pete Ricketts avec le soutien de Chuck Schumer, cible nommément cinq fabricants : SMIC, Huawei, Hua Hong, CXMT et YMTC. La principale cible industrielle est ASML, seul fabricant mondial de ces machines, dont la Chine représentait encore un tiers du chiffre d’affaires en 2025. Bank of America estime l’impact potentiel à -14 % de revenus en cas d’application complète. L’interdiction du servicing — installation, pièces détachées, mises à jour logicielles — est la nouveauté : sans maintenance, les machines déjà installées en Chine se dégradent progressivement, ce qui rendrait inefficace la stratégie chinoise d’optimisation des DUV existants pour approcher les performances EUV.

Le texte prévoit un mécanisme coercitif envers les alliés : 150 jours pour adopter des régimes de licence “deny-by-default”, faute de quoi Washington appliquerait des contrôles unilatéraux. Rare Earth Exchanges rappelle que chaque durcissement américain sur les semi-conducteurs a déclenché des représailles chinoises sur les minéraux critiques dans les 48 heures : licences sur le gallium et le germanium en juillet 2023, interdiction totale vers les États-Unis en décembre 2024, restrictions sur sept terres rares en avril 2025. La trêve de Busan (novembre 2025), qui a suspendu ces mesures, reste fragile. Le CSIS souligne que la Chine contrôle 99 % du gallium raffiné mondial et environ 90 % de la production d’aimants permanents NdFeB, ce qui lui confère un levier asymétrique au stade du raffinage, là où la substitution est la plus coûteuse à court terme.

Les tarifs américains sur les métaux ont été restructurés la même semaine. Selon The Economic Times, le taux de 50 % est maintenu sur l’acier, l’aluminium et le cuivre primaires, tandis que les produits dérivés passent à 25 %. Century Aluminum salue la fermeture des failles de valorisation douanière que certains importateurs exploitaient. Cette simplification intervient alors que le conflit au Moyen-Orient pèse déjà sur les cours : selon Yahoo Finance, l’aluminium concentre les risques à court terme, les frappes iraniennes perturbant directement les fonderies du Golfe à forte intensité énergétique.

En Inde, le gouvernement a imposé des restrictions immédiates sur les importations de bijoux en or, argent et platine pour endiguer les détournements via les accords de libre-échange, rapporte NDTV Profit. Tous les importateurs devront désormais obtenir une licence du DGFT. Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères Jaishankar a annoncé le soutien de l’Inde au Forum on Resource, Geostrategic Engagement (FORGE), qui succède au Mineral Security Partnership américain. The Economic Times précise que FORGE élargit le périmètre à 14 minéraux critiques et intègre des pays producteurs africains et latino-américains que le MSP avait laissés de côté.

Industrie

Au Congo, Virtus Minerals a finalisé l’acquisition des actifs de Chemaf pour 700 millions de dollars, devançant des acquéreurs chinois. Le Monde qualifie l’opération de victoire pour Washington dans un bras de fer avec Pékin qui durait depuis deux ans. Mais DD News, citant des diplomates et des industriels, tempère : les conflits armés, les litiges sur les licences et les exigences de conformité ralentissent toujours la progression américaine dans une région que la Chine domine depuis plus d’une décennie. Le règlement européen sur les batteries, qui impose des obligations de traçabilité sur le cobalt artisanal, complique encore la tâche des acheteurs occidentaux dans la région.

American Tungsten développe sa mine IMA dans l’Idaho, selon AD HOC News, avec un horizon de première production en 2027 — année où une interdiction d’importation de tungstène chinois entrera en vigueur aux États-Unis. Le métal, indispensable aux outils de coupe, aux munitions perforantes et aux semi-conducteurs (sous forme de WF6), fait partie de la poignée de matériaux pour lesquels les États-Unis dépendent à plus de 80 % de la Chine.

Une usine de production d’aimants permanents NdFeB a démarré ses opérations en Oklahoma, selon Discovery Alert — une première sur le sol américain à cette échelle. Alors que cette filière avance, le projet Brook Mine au Wyoming reste incertain : Rare Earth Exchanges signale un recours d’actionnaires contre Ramaco Resources, qui questionnent la viabilité de l’extraction de terres rares à partir de veines de charbon. Ramaco doit publier une étude de faisabilité indépendante d’ici fin 2026.

Hors des États-Unis, Vedanta affiche +2 % de production d’aluminium et de zinc au dernier trimestre. Le projet Kangankunde au Malawi continue d’attirer des financements pour les terres rares.

En France, les Cahiers Techniques du Bâtiment consacrent un dossier à la décarbonation des filières acier, aluminium, zinc, cuivre et plomb : 850 000 tonnes d’acier produites en 2025, réemploi en progression, aluminium recyclé en hausse.

Marché

Les frappes iraniennes sur les fonderies du Golfe persique continuent de perturber le marché de l’aluminium. Discovery Alert évoque une période de volatilité sans précédent, la région représentant environ un cinquième de la production mondiale hors Chine. Le conflit affecte les fonderies à forte intensité énergétique bien plus que les mines de cuivre. Reste à savoir si cette divergence se maintiendra quand les capacités endommagées commenceront à être reconstruites.

Les contrats d’approvisionnement en lithium avec des partenaires chinois se multiplient, selon Discovery Alert : les transformateurs chinois combinent savoir-faire technique, soutien financier et accès garanti au marché pour verrouiller les ressources en amont. Washington et Tokyo tentent de riposter par la voie diplomatique, avec un soutien financier envisagé pour le projet Neves d’Atlas Lithium au Brésil selon Investing.com, mais les volumes concernés restent modestes face à la stratégie chinoise d’intégration verticale. En Argentine, Lithium Argentina monte en charge sur le site Caucharí-Olaroz, avec des résultats 2025 analysés par Simply Wall St.

Rainbow Rare Earths a levé 11,1 millions de livres et intégré Traxys comme partenaire stratégique, avec un lien au programme américain de stockage de minéraux critiques, rapporte Research Tree. Nexa Resources a remplacé la quasi-totalité de ses réserves de zinc, étendant la durée de vie de ses mines au Brésil et au Pérou selon Simply Wall St. Au complexe Galena dans l’Idaho, Americas Gold & Silver convertit de nouvelles veines en fronts d’exploitation à court terme, redonnant vie à un site historique de la Silver Valley selon Crux Investor.

Innovation

Eora Energy, une nouvelle entreprise australienne, se lance dans les batteries à flux de vanadium pour le stockage longue durée, ciblant les sites miniers et les centres de données. IndexBox note que la technologie combine fabrication locale et savoir-faire international, un positionnement qui profite de la montée en puissance du vanadium australien. Au Kenya, Firstpost Africa s’intéresse à Mrima Hill, un gisement de niobium et de terres rares connu depuis les années 1950 mais jamais exploité. Plusieurs investisseurs chinois et américains auraient approché les autorités kenyanes ces derniers mois.

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