Veille Minéraux Critiques — 3 avril 2026
Géopolitique
Le président Trump a signé mercredi deux proclamations réformant le régime tarifaire américain sur l’acier, l’aluminium et le cuivre. Selon Bloomberg, le taux de 50 % est maintenu sur les produits primaires, tandis que les produits dérivés contenant ces métaux sont désormais taxés à 25 %. Reuters précise que cette restructuration vise à simplifier un régime devenu illisible, où certains produits finis échappaient aux droits alors que la matière première était taxée. L’administration présente la mesure comme un renforcement ; les importateurs y voient une hausse nette des coûts sur la chaîne de transformation.
Les conséquences des frappes iraniennes sur les fonderies du Golfe persique continuent de peser sur le marché. Goldman Sachs estime que la région, qui représente un cinquième de la production mondiale hors Chine, voit ses perspectives d’expansion capacitaire durablement compromises. Wood Mackenzie, cité par Yahoo Finance, chiffre à environ 3,5 millions de tonnes la production désormais menacée et évoque un risque de crise d’approvisionnement mondiale. Le South China Morning Post relie les deux dossiers : le choc pétrolier provoqué par le conflit renchérit le raffinage des terres rares, fragilisant la stratégie américaine d’alliance minérale anti-Chine au moment même où elle a le plus besoin de crédibilité.
Ces nouveaux droits arrivent dans un contexte de réflexion plus large sur les stocks stratégiques. Geopolitical Monitor retrace l’histoire du National Defense Stockpile américain : constitué sur cinq décennies, liquidé à plus de 99 % en une génération, il illustre la difficulté de maintenir une vision stratégique à long terme sur les matières premières. En miroir, l’Australie vient d’adopter une loi créant une réserve stratégique de minéraux critiques, rapporte Mining Magazine Australia. The Diplomat soutient de son côté que la "carte des terres rares" chinoise n’est pas l’arme géopolitique durable que Pékin veut y voir : la diversification occidentale progresse, mais les volumes restent marginaux face à la production chinoise.
Industrie
Au Congo, deux acquisitions parallèles redessinent l’accès occidental aux métaux stratégiques. Kitco rapporte que Virtus Minerals a racheté le producteur de cobalt et de cuivre Chemaf, un actif que Kinshasa réservait à un partenariat avec Washington. The Times of India révèle un second volet : Lloyds Metals, lié au district indien de Gadchiroli, a participé au rachat, devançant des acquéreurs chinois. Un consortium indo-américain n’avait encore jamais contrôlé un actif cuivre-cobalt de cette taille au Congo. Plus au sud, Bloomberg signale que des miniers chinois rejoignent un projet ferroviaire de 1,24 milliard de dollars reliant la ceinture de cuivre zambienne à un port tanzanien sur l’océan Indien.
Le tungstène confirme son retour en force. American Tungsten vise la première production de concentré en Amérique du Nord depuis 2015, à partir de sa mine IMA dans l’Idaho. eMetals a acquis un projet historique dans l’Utah, et Maxus Mining intensifie l’exploration en Colombie-Britannique. Les prix du tungstène ont fortement progressé ces dernières années, portés par la demande de défense et les restrictions chinoises à l’exportation.
La relance minière américaine s’étend au-delà du tungstène. United States Antimony a repris l’exploitation de sa mine de Stibnite Hill au Montana, l’un des rares sites d’extraction d’antimoine aux États-Unis.
Hindustan Zinc affiche une production record au quatrième trimestre : 315 000 tonnes de métal extrait, en hausse de 14 % sur le trimestre précédent. Sur les terres rares, S&P Global publie une analyse approfondie sur l’avantage géologique structurel de la Chine : ses argiles ioniques, concentrées dans les terres rares lourdes (terbium, dysprosium), restent bien moins coûteuses à exploiter que les gisements de roche dure du reste du monde.
En Arabie saoudite, Semafor révèle que Pure Lithium, une entreprise technologique américaine, négocie l’accès aux saumures lithifères du royaume pour produire des batteries rechargeables. Au Brésil, Atlas Lithium a été identifié par les gouvernements américain et japonais pour un soutien financier potentiel sur son projet Neves.
Marché
Le cuivre a rebondi mercredi, soutenu par un apaisement des tensions commerciales et des contraintes d’approvisionnement persistantes. Charles Cooper, de Wood Mackenzie, souligne que la demande structurelle liée à la transition énergétique maintient une pression haussière, tandis que le marché du concentré de cuivre reste historiquement tendu, les fondeurs chinois ayant renoncé ces derniers trimestres à publier un benchmark de frais de traitement.
Constellium a bondi de 11 % en séance, porté par les craintes sur l’approvisionnement en aluminium liées au conflit dans le Golfe. Le platine, à l’inverse, a chuté de 18 % en mars selon Bitget, sa plus forte baisse mensuelle depuis octobre 2008, en correction après une hausse de plus de 100 % sur un an.
En Amérique latine, Galan Lithium a démarré la production à Hombre Muerto West en Argentine, avec un investissement de plus de 420 millions de dollars. Sigma Lithium a signé une garantie bancaire de 100 millions de dollars avec une grande banque brésilienne. En Afrique, Lindian Resources a bouclé 100 millions de dollars pour son projet terres rares au Malawi, tandis que Toyota Tsusho injecte 32 millions de dollars supplémentaires dans le projet Lofdal en Namibie, ciblant les terres rares lourdes.
Innovation
Des chercheurs de l’Université de Nankai et de l’Institut de Shanghai ont développé un électrolyte à base d’hydrofluorocarbures permettant d’atteindre 700 Wh/kg dans des cellules lithium-métal fonctionnelles de -70 °C à +60 °C, rapporte pv magazine. Cette densité dépasse les meilleurs résultats publiés pour ce format de cellule. La plage de température (-70 °C à +60 °C) laisse entrevoir des usages dans l’aérospatiale et la défense.
Challenges présente HIT Mag, une start-up française qui conçoit des aimants permanents sans terres rares. Le procédé vise les moteurs de véhicules électriques et les éoliennes — deux marchés où la dépendance aux aimants NdFeB chinois est un risque identifié par tous les industriels.
Du côté des batteries, une revue publiée dans Energy Storage Materials fait le point sur les batteries aluminium rechargeables à transfert multi-ions, une piste qui exploite l’abondance et le faible coût de l’aluminium. BNN Bloomberg rapporte que l’Alberta confirme, selon les autorités provinciales, un potentiel lithium théorique estimé à 1 000 milliards de dollars dans les saumures de ses champs pétroliers et gaziers, mais la technologie d’extraction directe (DLE) doit encore prouver sa viabilité à l’échelle industrielle.