De la requête visible à l'inférence invisible

Impact en consommation électrique de l'IA

Évaluer si un usage de l'IA est soutenable suppose de connaître son impact réel. Or le chiffre le plus souvent cité — 0,24 Wh par requête, publié par Google pour Gemini — donne l'impression que l'IA consomme très peu. Ce chiffre est-il représentatif ?

Cet article de recherche montre que non. La consommation réelle se situe entre 1,8 et 4,2 Wh par requête, soit 7 à 17 fois plus que le chiffre communément avancé. Pour les requêtes de raisonnement, la consommation peut atteindre 4,32 Wh.

L'inférence invisible

Au-delà de la consommation unitaire, l'article met en lumière un phénomène structurel : l'infrastructure en construction (7 GW aujourd'hui, bien plus en 2030) ne peut pas être absorbée par les seuls usages conversationnels humains. Elle nécessite l'émergence massive d'usages invisibles :

  • Agents autonomes et systèmes agentiques
  • Intégration systématique dans les logiciels de masse (recherche, messagerie, bureautique)
  • Chaînes de traitement automatisées en entreprise
  • Inférence embarquée sur les terminaux (NPU dans les smartphones et PC)
  • IA systémique dans les infrastructures critiques

Dans ces scénarios, l'humain n'est plus l'initiateur direct des requêtes. La question de la soutenabilité se déplace alors de l'utilisateur vers l'opérateur et le concepteur du système.

Implications pour MUS'IA

Ce constat interpelle directement plusieurs conditions du manifeste :

  • Minimisation de l'impact — La conception responsable ne peut pas se fonder sur des chiffres de consommation sous-estimés d'un facteur 10.
  • Non primum nocere — L'évaluation honnête des impacts du cycle de vie d'un service d'IA exige de prendre en compte la consommation réelle, pas les chiffres de communication.
  • Inexistence d'alternative moins impactante — Comparer l'IA à ses alternatives suppose de connaître son coût énergétique réel.

L'article conclut que la régulation par la sobriété individuelle est structurellement insuffisante. La gouvernance doit cibler les opérateurs et les systèmes, pas les utilisateurs — une question fondamentalement politique.

Document complet

L'article complet (30 sources, modélisation physique multi-échelle) est disponible en téléchargement :

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Stéphan Peccini, Stéphan Peccini Conseil, mars 2026. Licence CC BY-SA 4.0.

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