Veille Minéraux Critiques — 10 au 12 avril 2026
Une architecture transatlantique des minéraux critiques prend forme
Trois journées dominées par l'accélération d'un dispositif occidental sur les minéraux critiques. Vendredi, Bloomberg révèle qu'un accord-cadre entre l'Union européenne et les États-Unis est proche d'aboutir. L'information est reprise par Reuters dans la journée et positionne le projet comme une réponse structurée à la domination chinoise sur l'extraction et surtout le raffinage des matières stratégiques. Selon Mining.com, le pacte porte en priorité sur les terres rares, le gallium, le germanium et le graphite, avec des objectifs de capacité de raffinage conjointe et un calendrier d'investissements coordonnés.
Dimanche, Canberra et Washington concrétisent un volet parallèle. Reuters rapporte un engagement conjoint de 3,5 milliards de dollars à l'appui des projets miniers critiques. Bloomberg détaille la composante terres rares : 600 millions de dollars alloués à un projet de raffinage commun. The Australian additionne les investissements industriels annoncés depuis le pacte de mars et évoque un montant englobant de 13 milliards de dollars.
Le dispositif s'étend à d'autres partenaires. Business Standard et CNBC TV18 rapportent que l'Inde rejoint une coopération baptisée Pax Silica, qui couvre les minéraux critiques, l'intelligence artificielle et la défense. La visite à Washington du secrétaire indien aux Affaires étrangères Vikram Misri et du chef d'état-major de l'armée de l'air Amar Preet Singh, documentée par CNBC TV18, précède l'annonce et dessine un rapprochement indo-américain qui déborde largement le cadre minier. Le NZ Herald documente de son côté le travail préparatoire entre Wellington et Washington et signale que le ministère néo-zélandais a demandé au journal de détruire des informations sensibles reçues par erreur.
Yahoo Finance résume le mouvement d'un titre direct : « The West Is Building a Minerals Club — and China Isn't Invited ». Le club émerge au terme de trois semaines de signaux convergents : accord UE-Australie fin mars, pact Japon-USA sur les minéraux d'Australie occidentale, accord Brésil-USA sur les terres rares du Goiás. Le moment soulève aussi des interrogations côté européen. France 3 Régions publie dimanche une enquête sur les dépendances de l'armée française envers les États-Unis en matière de terres rares, d'acier et d'intelligence artificielle. Le timing, à l'heure où l'accord transatlantique se précise, éclaire un dilemme que les diplomaties européennes contournent pour l'instant : réduire la dépendance chinoise en acceptant une dépendance américaine.
Industrie et projet
Reuters rapporte vendredi que l'Inde prépare un programme d'incitations au traitement du lithium et du nickel, destiné à combler une partie de sa dépendance aux importations. Le secrétaire indien aux mines précise que la politique sera publiée dans les prochaines semaines et s'inscrit dans la construction de la chaîne de valeur électrique indienne, en parallèle du rapprochement Pax Silica avec Washington.
Deux dossiers brésiliens ressortent le même jour. Bloomberg révèle que plusieurs dirigeants miniers sont accusés d'avoir manipulé des revendications foncières sur le lithium brésilien, affaire qui fait suite à la montée en puissance du pays comme fournisseur potentiel. La même rédaction rapporte qu'un projet de loi propose la création d'une entreprise d'État dédiée aux terres rares, sur un modèle proche de Petrobras. Les deux signaux indiquent une tentative de Brasília d'organiser l'amont de ces filières plutôt que de le laisser aux seuls intérêts privés.
Sur l'aluminium, Bloomberg signale qu'un des principaux producteurs du Golfe a déclaré une force majeure sur certains contrats, sans que l'identité précise du producteur ne soit communiquée à ce stade. Aux États-Unis, le Wall Street Journal décrit comment l'Oklahoma a attiré la première fonderie d'aluminium américaine depuis un demi-siècle, signal de réindustrialisation sous aiguillon de la Section 232. En France, L'Usine Nouvelle détaille le projet de raffinerie nickel-cobalt Emme près de Bordeaux, qui vient de dévoiler ses premiers partenaires et d'ajouter un volet défense à son schéma initialement centré sur les batteries.
Le Monde signale samedi que l'exploitation du gisement de Fen en Norvège, pourtant le plus important gisement de terres rares identifié sur le continent européen, peine à démarrer faute de financement consolidé. Le contraste avec l'activité diplomatique sur les accords transatlantiques souligne l'écart entre annonces politiques et réalité industrielle.
Marché et chiffres
Barron's publie vendredi une analyse qui présente le cuivre comme une matière de reprise économique, un « peace commodity » dont les miniers exposés devraient bénéficier d'un cycle de hausse. Le marché s'aligne sur la thèse. Economic Times rapporte le même jour que le cuivre a atteint son plus haut niveau sur trois semaines, tiré par un équilibre fragile entre les tensions iraniennes et la demande chinoise. Reuters signale de son côté que les positions haussières sur le lithium comptent peser sur la CESCO Week de Santiago, rendez-vous annuel historiquement dominé par les cupriculteurs.
BFMTV rapporte samedi que l'Argentine pourrait devenir un fournisseur majeur de cuivre et de lithium après l'adoption par ses députés d'un texte qui assouplit les conditions d'exploitation des grandes mines. Le vote marque une étape dans la stratégie Milei de relance minière, après plusieurs années de blocage politique et environnemental sur les projets cuprifères du nord-ouest argentin.
Reuters rapporte vendredi l'investissement d'Eni dans Nouveau Monde Graphite, producteur canadien de graphite pour batteries, pour un montant de 70 millions de dollars américains. L'opération, reprise par Yahoo Finance, illustre le mouvement des énergéticiens européens vers les matières premières amont de la transition énergétique, en lien avec leurs propres feuilles de route de décarbonation.
Géopolitique et réglementation
PwC publie vendredi une note détaillée sur les nouveaux tarifs Section 232 imposés par l'administration américaine. Le dispositif couvre les produits pharmaceutiques et revoit aussi les droits sur l'aluminium, l'acier et le cuivre. Les nouveaux taux s'inscrivent dans le prolongement des décrets de mars et constituent le cadre tarifaire sur lequel l'accord transatlantique des minéraux critiques vient précisément négocier.
Caixin Global rapporte que Sumitomo Electric prévoit d'augmenter sa production de tungstène de 50 %, dans un mouvement explicitement présenté comme une réduction de la dépendance au tungstène chinois. Le signal renforce la thèse d'une montée en criticité du tungstène, déjà documentée par plusieurs analyses récentes. L'IISS publie en parallèle une analyse de l'engagement bilatéral Japon-USA sur les minéraux critiques qui replace le pacte de mars dans le cadre plus large de la coopération Pacifique.
En Zambie, Deutsche Welle publie une enquête qui pose la question du troc : Washington proposerait-il du traitement VIH en échange d'un accès privilégié aux minerais zambiens ? L'article ne tranche pas mais documente plusieurs indices concordants, à un moment où l'administration américaine cherche à sécuriser ses approvisionnements en cobalt et en cuivre. Moneycontrol rapporte enfin que l'Inde prépare sa propre politique nationale sur les minéraux critiques, qui inclura un volet de coopération avec le Chili sur le cuivre et le lithium.