Veille Minéraux Critiques — 7-9 avril 2026
Géopolitique
Goldman Sachs alerte sur le cuivre : si le détroit d’Ormuz reste bloqué, le métal pourrait poursuivre sa chute, rapporte Bloomberg. La banque estime que les métaux de base cumulent un double risque géopolitique — guerre au Moyen-Orient et tarifs commerciaux — qui pèse simultanément sur l’offre et la demande. Le détroit concentre une part significative du trafic maritime mondial de concentrés de cuivre, et son blocage prolongé forcerait des réacheminements coûteux par le cap de Bonne-Espérance. La trêve de deux semaines annoncée entre Washington et Téhéran a toutefois permis au cuivre de remonter à un plus haut de trois semaines, selon Bloomberg, les marchés intégrant la perspective de reprises des flux par le détroit. Le cuivre avait perdu 8 % en trois séances avant la trêve ; il en a regagné la moitié en une journée.
Côté tarifs, la Maison-Blanche a confirmé que les constructeurs automobiles américains n’avaient pas véritablement réclamé d’allègement sur l’aluminium, d’après Reuters. Les taux de 50 % sur l’acier, l’aluminium et le cuivre primaires restent en place, tandis que les produits dérivés passent à 25 %. Yahoo Finance détaille l’impact de ces ajustements tarifaires sur le secteur de la construction, qui absorbe la hausse des coûts sur les charpentes métalliques, les câblages et les conduits.
L’Union européenne et les États-Unis discuteront le 14 avril d’une stratégie commune sur les minéraux critiques, selon MLex, visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement face à la domination chinoise sur le raffinage. En parallèle, Click Petróleo & Gás rapporte que la compétition géopolitique pour les minéraux de la transition énergétique a atteint le Brésil, forçant le gouvernement fédéral à agir rapidement face aux avances américaines et chinoises.
L’Inde fait de même : nouvelles règles minières pour accélérer l’exploration, rapporte Indus Business Journal, et premier groupe de travail conjoint avec le Japon sur les minéraux critiques.
Industrie
Les frappes iraniennes continuent de perturber la production d’aluminium dans le Golfe. Rio Tinto et Century Aluminum ont relevé leurs surcharges d’environ 12 % sur le marché américain, selon Bloomberg. Au Japon, la hausse pousse certaines entreprises à envisager un retour vers l’aluminium russe, malgré le cessez-le-feu, face à des prix proches de plus hauts de quatre ans, rapporte Nikkei. Avant le conflit, le Japon ne s’approvisionnait plus en aluminium russe depuis 2022 ; la hausse des prix du Golfe rouvre un canal que les sanctions avaient fermé.
Pendant que les perturbations au Golfe affectent l’aluminium, le cuivre et le lithium connaissent une accélération de projets dans les Amériques. Au Panama, First Quantum a obtenu l’autorisation de traiter le minerai stocké sur le site de Cobre Panama, fermé depuis 2023, d’après Reuters. En Argentine, Rio Tinto porte l’expansion du site lithium Fénix (Phase 1B) à 250 millions de dollars via le régime d’incitation RIGI (Régimen de Incentivo para Grandes Inversiones), rapporte BNAmericas, tandis que l’Atlantic Council publie une feuille de route pour un partenariat durable entre Washington et Buenos Aires sur les minéraux critiques. Au Texas, EnergyX lance la première usine américaine d’extraction directe de lithium (DLE, Direct Lithium Extraction). Au Zimbabwe, le gouvernement va instaurer des quotas d’exportation sur le lithium et fixer les conditions de reprise des expéditions, selon Reuters. Six projets cuivre-lithium ont progressé la même semaine sur trois continents.
La pression sur l’offre primaire stimule en parallèle le recyclage. Lifezone Metals annonce sa première production de platine, palladium et rhodium à partir de catalyseurs automobiles recyclés dans son usine américaine. Les maisons de commerce japonaises investissent dans la transformation des déchets électroniques en terres rares grâce à l’intelligence artificielle et la robotique, rapporte NHK World. Ceratizit (groupe Plansee) met en avant sa chaîne d’approvisionnement en tungstène fondée sur le recyclage. Le Critical Minerals Institute publie sa Watchlist 2026 : le rhénium et l’indium font leur entrée, le tungstène est promu dans le Top 5 stratégique, tandis que le cobalt en est rétrogradé. Le nouveau classement — cuivre, gallium, tungstène, uranium et terres rares — fait apparaître la concentration des chaînes de traitement comme un facteur de criticité qui pèse au moins autant que la rareté géologique.
Ces investissements miniers s’accompagnent d’un volet diplomatique. Le Brésil se rapproche des États-Unis sur les minéraux critiques. Les Philippines sont présentées comme un futur pôle stratégique par un rapport du Centre for a New American Security (CNAS), relayé par le South China Morning Post, sous réserve de réformes anti-corruption à Manille. Resolution Minerals obtient le statut fédéral FAST-41 (Fixing America’s Surface Transportation Act) pour son projet d’antimoine dans l’Idaho. Dans les trois cas, Washington propose un accès facilité à ses marchés ou à ses procédures fédérales en échange d’un approvisionnement garanti en minerais que la Chine domine aujourd’hui. La question ouverte reste la capacité de ces pays partenaires à monter en charge assez vite pour que l’accord ait un effet réel sur les flux.
Marché
Au Chili, les autorités ont démantelé un réseau criminel ayant acheminé pour près d’un milliard de dollars de cuivre volé vers la Chine entre 2020 et 2025, révèle Bloomberg. L’« Opération Haute Tension » a conduit à 25 arrestations dans sept régions et la saisie de près de 200 tonnes de cuivre. Le mode opératoire est industrialisé : des camions renversent des poteaux électriques, les câbles sont dépouillés en quelques minutes et acheminés vers des réseaux transfrontaliers. Le phénomène dépasse le vol opportuniste : à ces volumes et sur cinq ans, il s’agit d’une filière structurée qui profite de la hausse des cours et de la porosité des ports d’exportation.
Les volumes volés donnent la mesure de la demande : en amont de la chaîne, les investissements dans de nouvelles capacités atteignent des montants comparables. La liaison ferroviaire Zambie-Lobito, qui doit relier les mines de cuivre zambiennes au port angolais, coûtera jusqu’à 5 milliards de dollars, selon Bloomberg, avec un début de construction cette année. McEwen Copper négocie avec des prêteurs pour financer son projet Los Azules en Argentine, valorisé à 4 milliards de dollars, rapporte Bloomberg. Les deux projets visent à contourner les goulets logistiques existants — l’un en créant une route d’exportation africaine alternative au corridor sud-africain, l’autre en développant un gisement andin encore inexploité.
La montée en puissance de ces projets s’accompagne d’un durcissement des exigences. Reuters publie une enquête sur la pression croissante des investisseurs pour mettre fin à la déforestation et aux risques liés aux droits humains dans les chaînes d’approvisionnement en nickel, ingrédient clé des batteries de véhicules électriques. En Espagne, le gouvernement lance un plan de près de 200 millions d’euros pour réduire la dépendance européenne, alors que 97 % du magnésium et la quasi-totalité du néodyme consommés en Europe proviennent de Chine.
En marge de ces tensions terrestres, American Ocean Minerals, spécialiste des fonds marins, accepte une fusion à 1 milliard de dollars avec Odyssey Marine Exploration, créant un acteur majeur de l’extraction de minéraux en eaux profondes, rapporte Axios.
Innovation
Des chercheurs coréens du KAERI (Korea Atomic Energy Research Institute) ont mis au point un procédé d’extraction du lithium à partir de batteries LFP (Lithium Iron Phosphate) usagées avec un taux de récupération de 95 %, rapporte Seoul Economic Daily. La technologie entre en phase de commercialisation. Des scientifiques ont par ailleurs développé un catalyseur permettant de créer des batteries lithium-air dix fois plus grandes, potentiel successeur des technologies actuelles.
Form Energy construira une batterie géante à base de rouille — fer et air — pour alimenter un centre de données Google, rapporte BGR. La technologie promet un stockage longue durée à un coût bien inférieur aux solutions lithium. Altilium, de son côté, dépose un dixième brevet sur la récupération de matériaux critiques de batteries.
L’AIE publie un rapport alertant sur le décalage croissant entre la demande en terres rares et la lenteur de la diversification. La demande en terres rares magnétiques — néodyme, praséodyme, dysprosium, terbium — a doublé depuis 2015 et devrait augmenter de plus de 30 % d’ici 2030. La Chine contrôle environ 60 % de la production minière, plus de 90 % du raffinage et près de 95 % des aimants permanents. L’AIE estime que 60 milliards de dollars d’investissements seront nécessaires sur dix ans pour diversifier les chaînes d’approvisionnement, un montant modeste comparé aux 6 500 milliards de dollars d’activité économique potentiellement menacés par des restrictions d’exportation chinoises.