Veille Minéraux Critiques — 31 mars 2026

Géopolitique

Les retombées des frappes iraniennes de samedi sur EGA et Alba ont dominé la journée de lundi. Bloomberg a publié deux analyses successives : la première chiffre la hausse de l'aluminium à 6 % sur le LME, la seconde évoque un risque de « crise d'approvisionnement » si les installations restent durablement affectées. CNBC parle d'« ondes de choc » sur le marché. Le South China Morning Post pose une question que peu de médias occidentaux abordent encore frontalement : ces frappes vont-elles renforcer la domination chinoise sur l'aluminium, en poussant davantage de production vers des sites hors de portée du conflit ? Reuters, dans une analyse reprise largement, résume la situation en une formule : l'Iran a percé un trou dans la chaîne d'approvisionnement en aluminium des États-Unis. Silicon Canals ajoute un angle inattendu : Toyota, qui misait sur le véhicule électrique pour s'affranchir du Golfe, découvre que les tensions sur le détroit d'Ormuz menacent aussi ses approvisionnements en aluminium.

Loin du Golfe, la rivalité US-Chine se joue sur d'autres terrains. Firstpost titre sur une « Cobalt Cold War » en RDC, où Xi et Trump se disputent l'accès aux ressources. En Indonésie, l'accord commercial signé avec les États-Unis met à l'épreuve l'écosystème nickel construit par la Chine. Deux fronts, une même logique de contrôle.

Au Venezuela, Venezuelanalysis détaille les trois nouvelles licences émises par le Trésor américain, qui ouvrent le secteur minier aux entreprises occidentales.

Une étude de Deutsche Bank Research, analysée par Rare Earth Exchanges, pose le cadre : les minéraux critiques — les terres rares en particulier — sont devenus des instruments de puissance stratégique au même titre que le pétrole l'était au XXe siècle.

Industrie

Le cuivre a concentré quatre annonces de nature très différente, qui ensemble dessinent l'état de la filière. Bloomberg rapporte que le Canada et le Québec négocient avec Glencore pour sauver l'unique fonderie de cuivre du pays, menacée de fermeture par de nouvelles exigences de contrôle de la pollution. En Arizona, Rio Tinto a levé le dernier obstacle juridique à Resolution Copper et lance un programme de forage de 500 millions de dollars. En Argentine, First Quantum attend l'approbation environnementale pour Taca Taca, un projet cuivre-or-molybdène chiffré à 5,2 milliards de dollars, dont le concentré serait exporté par le Chili. Au Pérou, Metso décroche un contrat de 100 millions d'euros pour fournir la technologie SX-EW à Southern Peru Copper. Quatre pays, quatre stades de la chaîne : fonderie en sursis, exploration massive, méga-projet en attente, et technologie de raffinage.

En Nevada, un juge fédéral a rejeté la contestation environnementale contre la mine lithium-bore Rhyolite Ridge d'Ioneer. Law360 et Bloomberg Law couvrent la décision, qui valide l'approbation du Bureau of Land Management. Le projet peut désormais avancer vers la construction.

Le tungstène continue sur sa lancée. Antimony Resources a lancé la remise en état de son moulin Dutch Mountain dans l'Utah, tandis que Critical Resources démarre l'exploration de tungstène et or en Nouvelle-Zélande.

En Allemagne, Tozero poursuit la montée en puissance de son usine de recyclage de batteries.

Marché

Le premium aluminium japonais pour le T2 a bondi de 80 % par rapport au trimestre précédent, atteignant un plus haut de dix ans selon Platts via IndexBox. Alcoa a pris 11 % en séance, Century Aluminum 10 %, dans un mouvement général sur les valeurs aluminium américaines, rapporte Investing.com.

StoneX observe une divergence notable : le cuivre perd de l'élan au moment même où l'aluminium flambe. Les deux métaux, habituellement corrélés, répondent à des signaux différents cette semaine — l'aluminium au risque géopolitique direct, le cuivre à un attentisme sur la demande chinoise.

Innovation

Une équipe menée par l'Université de Nankai a publié dans Nature un électrolyte à base d'hydrofluorocarbures permettant d'atteindre 700 Wh/kg dans des cellules lithium-métal, fonctionnelles de -70°C à +60°C. C'est la première démonstration de ce niveau de densité dans des conditions aussi extrêmes.

American Rare Earths a commandité une étude à Tetra Tech sur la conversion d'oxydes de terres rares lourdes en métaux. Rare Earth Exchanges qualifie cette étape de « vrai goulet d'étranglement » de la chaîne occidentale : produire des oxydes ne suffit pas si on ne sait pas les transformer en métaux utilisables par l'industrie.

En Inde, des chercheurs ont développé une technologie de réutilisation du graphite usagé issu de batteries en fin de vie, améliorant l'efficacité des piles à combustible.

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